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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/247

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que la profonde ignorance des auteurs répand sur les sujets les plus simples? Comment trouver des notions claires sur une question tant soit peu compliquée chez des écrivains qu’on voit se donner pour tâche d’assembler des morceaux taillés presque au hasard dans deux ou trois ouvrages qui traitent le même sujet à des points de vue différens ou même diamétralement opposés? La clarté, la simplicité, voilà pourtant ce que nous promettent invariablement les préfaces de ces prétendus vulgarisateurs. Dans leurs livres, le texte n’est que l’accessoire obligé des gravures. Comme le temps et le goût ont manqué pour fondre ensemble les élémens disparates réunis à la hâte, sans critique et sans enchaînement logique, il en résulte que chacun de ces ouvrages est un capharnaüm de toutes les opinions et de tous les styles. En outre ils sont parfois hérissés de détails techniques peu récréatifs, qui ne s’y rencontrent que parce qu’on a trouvé commode de les copier dans les traités spéciaux, où ils étaient à leur place. On dirait des pierres oubliées sur une grande route, d’autant plus gênantes et plus dangereuses qu’on ne doit pas s’attendre à les y rencontrer.

Au milieu de cette littérature d’occasion, on voit cependant paraître de temps à autre des ouvrages écrits et composés avec soin par des écrivains de talent, amateurs sérieux ou savans de profession. Signaler ces sortes d’ouvrages au public est un service à lui rendre; il est permis d’espérer qu’en guidant son choix on lui épargne de fâcheuses méprises. C’est de plus un devoir de justice envers les auteurs de ces livres que d’en recommander la lecture; trop souvent ce qu’ils renferment de meilleur n’arrive que de seconde main à la connaissance du public. Le Monde de la Mer du regrettable M. Moquin-Tandon mérite d’être lu et relu, quoiqu’on le retrouve par lambeaux dans le livre de M. Figuier sur les mollusques.

Nous mettons au premier rang des publications illustrées de la nouvelle année le Monde des Papillons de M. Maurice Sand. C’est un livre à deux faces, d’une conception originale, un roman greffé sur un traité scientifique. Dans la première partie, M. Maurice Sand, qui s’est épris d’une belle passion pour le peuple gracieux et léger des lépidoptères, entreprend de nous initier aux mœurs et aux métamorphoses de ces petits êtres en apparence si détachés des choses de la terre, si immatériels, qu’on pourrait les appeler des couleurs animées.

Cette partie du livre est présentée sous une forme enjouée et spirituelle; c’est le récit d’une promenade à travers champs, entremêlé d’aventures plaisantes d’un comique vrai et de bon aloi. Deux artistes sont allés faire des études de paysage dans la forêt de Châteauroux, ils s’égarent et tombent chez un naturaliste plein d’enthousiasme pour la science; en homme généreux qui ne garde pour lui aucun des petits secrets du métier, si simples et néanmoins si importans, il les retient, les fait assister à ses chasses et leur enseigne en quelques jours le classement, l’éducation et la conservation des papillons. Dans ce cours d’entomologie à l’usage des amateurs.