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la lumière et de l’obscurité, des chaleurs et du froid, de la pluie et de la neige, de la sécheresse et des eaux courantes?

Ce n’est pas tout : on raconte que pendant la plupart des grands ouragans des Antilles la terre elle-même est fortement ébranlée, comme si le vent, qui tord les arbres, renverse les maisons et soulève les flots en larges trombes, avait également prise sur les assises terrestres et pouvait les ébranler sur leurs bases. On comprend que, sous le coup de la terreur, les habitans, qui redoutent à chaque nouvel effort de la tempête d’être emportés eux-mêmes avec leurs demeures dans la rafale hurlante, puissent se figurer aisément que le sol participe à la secousse immense. De pareilles hallucinations n’auraient rien d’étrange alors qu’à chaque nouvel éclat de la tempête on s’attend à périr. Cependant les témoignages relatifs à cette coïncidence des ouragans et des tremblemens de terre sont tellement nombreux, positifs et détaillés qu’il serait difficile de n’y point ajouter foi. Récemment encore, lors de l’ouragan du 6 septembre 1865, qui ravagea les Saintes, Marie-Galante et la Guadeloupe, une secousse, survenant brusquement au moment le plus terrible du météore, agita les îles et renversa plusieurs maisons. D’où provenait cette coïncidence du tremblement de terre avec le cyclone? L’orage électrique s’était-il propagé dans les profondeurs ou bien les pluies torrentielles avaient-elles causé des écroulemens souterrains? Ce sont là des questions auxquelles il est impossible de répondre.

Quoi qu’il en soit, on peut admettre désormais qu’il existe au moins deux classes de tremblemens de terre, les uns provenant de la pression ou de l’éruption des vapeurs et des laves, les autres ayant pour cause l’effondrement des roches, mais produisant les mêmes impressions sur l’homme et se propageant de la même manière sur de vastes étendues. Peut-être faudrait-il ajouter également à ces deux ordres de secousses celles qui ont leur origine dans les rapports de la planète avec les autres corps de l’espace. Ainsi, d’après Wolf, il existerait une constante relation entre les tremblemens de terre et les taches du soleil. Enfin les recherches continuées avec tant de persévérance par M. Alexis Perrey prouvent d’une manière incontestable que les phases successives de la lune exercent une grande influence sur les mouvemens du sol. Comme l’océan, la terre a ses marées. La fréquence des tremblemens du sol augmente, comme la hauteur du flux, vers l’époque des syzygies; elle s’accroît quand l’astre se rapproche de notre planète et diminue quand il s’éloigne; en un mot, c’est lorsque la mer oscille avec le plus de force que la terre elle-même tremble le plus souvent. Ainsi que le dit en terminant son ouvrage M. Arnold Boscowitz, « la terre, cette mère commune dont on vient de contempler la force et l’énergie, n’est point isolée dans son activité; si elle est féconde, si elle vit, si elle agit puissamment, c’est qu’elle se trouve engagée dans un incessant échange de forces et d’influences avec les astres qui habitent comme elle l’espace éthéré. »


ELISEE RECLUS