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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/219

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phiques qui ont paru dans ces derniers temps, depuis le positivisme jusqu’à la morale indépendante. Nous n’entendons nullement nous porter caution de tel ou tel système, nous repoussons même plusieurs de ces théories comme contraires à la liberté morale de l’homme ; mais nous estimons que chacun a le droit de raisonner et même de déraisonner sur ce point sans la permission de messieurs les évêques. C’est là ce qu’on appelle la liberté de penser, principe assez connu dans le monde. Quant au sentiment religieux, il n’est pas en péril, il survivra même aux apologies de ceux qui se disent ses défenseurs. Personne ne songe à l’attaquer, on ne songe qu’à l’empêcher d’être un instrument de tyrannie ou d’exploitation. On proteste contre ses usurpations ou ses priviléges, on ne lui a jamais contesté ses droits.

Y a-t-il là de quoi justifier tant de cris de colère et de sinistres prophéties ? « Ce qui se prépare en Europe est effroyable, s’écrie M. l’évêque d’Orléans. Je ne le verrai peut-être pas, mais je l’annonce ! » Oui, sans doute, c’est toujours une consolation ; mais ce souhait charitable n’est-il pas quelque peu hors de saison ? Est-il vrai, comme le dit M. Dupanloup, « que nous ayons la liberté de l’attaque, et qu’il n’ait pas celle de la défense ? » Qui s’en serait douté ? Nous qu’on dénonce du haut de cent mille chaires à la haine et au mépris des bonnes âmes, nous sommes les bourreaux, et ceux qui nous déchirent ainsi sont les victimes ! Cette proposition ne nous semble pas très spécieuse. Pourquoi ne pas l’avouer ? ici encore vous manquez de franchise. Il y a en effet en France une catégorie de personnes contre lesquelles vous n’avez pas « la liberté de l’attaque ; » mais oserez-vous soutenir qu’elle comprend tous ces philosophes, tous ces historiens, tous ces publicistes contre lesquels vous vous arrogez jusqu’à la liberté de l’injure ? S’il en est ainsi, leur immunité les défend bien mal ! Mais non, sortons enfin de l’équivoque ; qu’y a-t-il au fond de toutes ces doléances et de toutes ces colères ? Une querelle métaphysique ? Non, il y a la chute du pouvoir temporel. Tel est en réalité l’objet explicite ou sous-entendu de chacun de vos réquisitoires. Vous voudriez bien pouvoir vous en prendre aux véritables auteurs de cette grande révolution ; mais le « principe tutélaire des concordats » vous ferme la bouche, et voilà pourquoi vous frappez si bruyamment des écrivains inoffensifs. Le public naïf ne comprend rien à la violence de vos anathèmes contre des théories fort peu agressives, qui n’ont d’autre prétention que celle de vivre en paix. Peut-être prendra-t-il vos récriminations plus au sérieux lorsqu’il saura que ces théories innocentes ne figurent là qu’à titre de prête-noms. Que ne lui dites-vous par exemple une bonne fois : Le mot positivisme est une locution qui signifie le gouvernement actuel ?