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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/215

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comme tant d’autres, d’un mot dont il ne connaît pas le sens et la portée. Constatons d’abord qu’il est tout à fait contraire au régime actuel de la presse, et que cet état de choses ne répond nullement à ce qu’il nomme la liberté. « Que d’autres, dit-il, sous une constitution perfectible, signalent les défauts du régime actuel de la presse à leurs points de vue spéciaux ! moi, évêque, je les signale au nom de la morale et de la religion. »

Le système actuel a donc des défauts, c’est ce qu’on ne songera pas à lui contester ; mais il les signale « au nom de la religion. » L’intervention de ce criterium, d’ailleurs si respectable, n’a jamais porté bonheur à la presse ; il n’a rien de rassurant pour elle, et commence à nous donner quelques inquiétudes. M. Dupanloup continue : « Soyons francs, il n’y a de largement permis à la presse que deux terrains de discussion, l’économie sociale et la religion. Vous avez voulu défendre, et c’était votre droit, la dynastie, la constitution, les formes politiques, et vous avez livré aux disputes les questions économiques, qui mènent droit à la discussion du prolétariat, et les questions religieuses, qui mènent droit à la discussion de l’église et de Dieu. Or qu’est-ce qui se passe ? Dans le premier chemin, on rencontre les propriétaires et on les calomnie ; dans le second, on rencontre le clergé et on le livre aux haines aveugles. »

Que conclure de ces prémisses ? Qu’il faut défendre les propriétaires contre la calomnie, et le clergé contre les haines aveugles, qu’il faut interdire ou tempérer par de sages lois les discussions qui y mènent tout droit ? Oui sans doute, mais il faut le penser et non le dire. Cette logique brutale serait bonne tout au plus pour M. Veuillot. M. l’évêque d’Orléans a sa réputation de libéral à ménager, il se garde bien de conclure. Il se borne à alléguer que les catholiques n’ont aucun moyen de défense et sont livrés pieds et poings liés aux coups des libres penseurs, à demander « que le gouvernement s’éclaire et devienne impartial, » c’est-à-dire apparemment que les libres penseurs soient à leur tour livrés pieds et poings liés aux coups des catholiques, enfin à regretter « que nous n’osions pas être hautement pour Dieu, pour l’église et pour l’âme contre les empoisonnemens de l’athéisme. »

Ce qui nous console de ce dernier reproche, c’est que M. Dupanloup non plus n’ose pas se prononcer hautement, car il ne conclut pas. Cette pensée secrète qui l’obsède, ce vœu impie contre la presse, à laquelle il doit tant, cette haine enfin qui se lit entre chaque ligne de son manifeste, il n’a nulle part le courage de les avouer ouvertement. Cette circonspection perpétue l’équivoque, et à ce titre nous paraît fort regrettable. Chacun doit avoir le courage de son opinion, et nous nous contenterons à cet égard de renvoyer