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Nous voilà en plein brouillard, et le petit troupeau de M. l’évêque de Nîmes doit être bien embarrassé de trouver son chemin dans une telle obscurité. Écoutons maintenant M. l’évêque d’Orléans. Quelque libéral et académicien qu’il soit, il s’est laissé parfois aller à des emportemens de polémique tout à fait indignes d’un esprit vraiment compréhensif. Dans ces momens-là, il a complétement oublié les manchettes de M. de Buffon, et s’est livré à des violences de langage qui l’ont fait accuser, non sans quelque fondement, de faire appel au bras séculier. Vous êtes donc, lui a-t-on dit, pour un régime de contrainte ? Il nous faut renoncer à l’église libre dans l’état libre ? — Non, répond-il, je ne suis pas pour le bras séculier. « Je préfère, avec une alliance convenable, la liberté dans la justice. Je dis avec une alliance convenable, car la société et la religion ne sont pas faites pour vivre étrangères l’une à l’autre, mais pour s’aider l’une l’autre dans la justice et la liberté. Tel est le principe tutélaire des concordats. »

Cette déclaration manque totalement de clarté et pour cause ; cependant elle a un sens. Essayons de le dégager : je ne suis pas pour le bras séculier, Dieu m’en préserve ! que dirait l’Académie ? mais je suis pour le principe tutélaire des concordats, qui n’est pas autre chose que le bras séculier mis au service de l’église. — Fort bien, la société doit donc aider la religion, mais dans quelle mesure ? — Dans la mesure d’une alliance convenable. — Oui, j’entends, convenable, c’est-à-dire qui vous convienne ; mais par quels moyens ? — Par la justice et la liberté. — Quelle liberté ? Je vous entends encore : la liberté de la vérité et non celle de l’erreur. M. Veuillot nous a déjà dit cela, mais il a eu le mérite de nous le dire beaucoup plus nettement. Il malmène quelque part avec une sainte brutalité de langage ce qu’en son vocabulaire il nomme la cafardise libérale. Nous ne consentirons jamais pour notre compte à qualifier ainsi des tempéramens commandés par la dureté des temps En vérité, M. Veuillot est bien sévère pour la littérature sacrée.

Poursuivons cet examen. Qui n’a entendu parler de la tendresse toute particulière de M. Dupanloup pour la liberté de la presse ? Cette passion, longtemps contenue et même fort ignorée, a commencé de se montrer à la suite de certaines mésaventures survenues à des journalistes orthodoxes jusque-là assez satisfaits : elle est devenue tout à fait bruyante à l’époque de la campagne d’Italie, et l’occupation des Romagnes l’a portée jusqu’au paroxysme. Nous ne tirons de là aucune présomption, mais nous tous qui nous honorons d’aimer et de servir cette cause, nous avons intérêt à savoir ce que M. l’évêque d’Orléans entend par liberté de la presse. Il est lui-même écrivain et journaliste à l’occasion ; on a le droit de croire que cette question n’est pas nouvelle pour lui : il ne se sert pas,