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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/198

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heures, on fait un nouvel envoi de dépêches; enfin au dernier moment, vers sept heures moins un quart, tout ce qui, apporté par les trains-poste arrivés à six heures, ne fait que traverser Paris et tout ce qu’on récolte dans les boîtes à la dernière limite de temps accordé par la loi est expédié aux chemins de fer par un dernier fourgon. Les employés, rapides, silencieux, portant des liasses de lettres, charriant des mannes regorgeant de papiers, vont et viennent sans se heurter dans les corridors resserrés; par de longues trémies aboutissant aux fourgons mêmes, on fait glisser les sacs bourrés de dépêches; dès qu’une de ces lourdes voitures a reçu son chargement, on l’entend qui s’ébranle, tourne dans la cour et s’éloigne brusquement vers la gare qui l’attend. La grande boîte, celle des dernières levées, et que garde un factionnaire, est vidée de cinq minutes en cinq minutes; des hommes haletans s’élancent à travers les escaliers, versent les lettres sur la table, où les manipulations dernières sont accomplies avec une rapidité fatigante à voir et plus fatigante à imaginer. L’heure sonne; un dernier sac est lancé par la trémie, un dernier fourgon résonne sur le pavé; tout est-il bien? — Tout est bien!

Les hommes essuient leur front baigné de sueur; les chefs donnent un dernier coup d’œil ; une inspection générale est faite pour bien s’assurer que nulle lettre ne traîne, que nulle cause d’incendie n’existe; une voix dit : A bientôt, et surtout de l’exactitude! — et l’hôtel des postes entre dans sa période de repos, période qui ne doit pas durer longtemps, car de neuf à onze heures il faut préparer le train du Havre et celui d’Angleterre, Et ainsi tous les soirs, tous les jours, avec un accroissement quotidien qui ne semble rien au premier abord, mais qui au bout de l’année se compte par 30 ou 40 millions d’objets [1], Si à cela on ajoute le surcroît de travail de certaines époques exceptionnelles, telles que le jour de l’an, qui apporte à l’hôtel central 4 millions de cartes de visite, on ne pourra qu’admirer un service qui en est arrivé, à force de soin et de volonté, à ne plus commettre qu’une erreur et demie sur mille objets.

Ce que le public ne sait pas, ce qu’il ne peut deviner qu’imparfaitement, c’est la constante activité que l’administration déploie pour éviter ou réparer ces inévitables erreurs qu’on lui a parfois reprochées avec une amertume imméritée. J’avoue que j’ai soumis la poste à plusieurs expériences qui toutes ont tourné à sa plus grande gloire. Je me suis fait écrire des lettres dont la suscription était en arabe, en russe, en grec; je les jetais moi-même à la boîte

  1. En 1863, la boite de Paris a manipulé 205,883,419 objets; en 1864, 252,157,238; en 1865, 283,595,921. — On peut juger de la progression.