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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/1020

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« Le jour suivant, une troupe de léviathans leur barra le passage et menaça de les engloutir. Némeith chercha par habitude sa hache de caillou à son flanc, il l’avait laissée dans sa tombe.

« — O Dieu père, dit-il, quand pourrai-je façonner une nouvelle arme dans mes montagnes ?

« Pendant trois jours, ils furent le jouet des flots.

« — Il n’y a donc plus de terre ? disait Némeith avec désespoir.

« Une nef passa dans le lointain, elle était haute comme un palais. Il reconnut l’arche de Xizouthros. Il appela, mais, la maison flottante disparut dans les brouillards.

« La ziris pleura.

« Si les hommes nous abandonnent, lui dit Némeith, le grand Dieu nous voit.

« Encore six jours, et Némeith, prêt à défaillir, se rappela le talisman que portait Hemla.

« — Qu’y a-t-il dans ce sachet doré ?

« Elle ne s’en souvenait pas. »

Némeith l’ouvrit. C’était une amulette donnée à la ziris par sa mère mourante. Que contenait-elle ? Cherchez, lecteur. — C’est une des plus jolies inventions de ce poème rempli d’idées originales et brillantes.

Mais pourquoi ne vous le dirais-je pas ? Le livre est si riche d’événemens et de personnages dont je ne vous ai rien dit, que mon analyse ne vous privera pas de mille autres surprises.

Le talisman de la reine des Atlantes contenait un rayon de soleil. Ils ne trouvèrent rien dans le sachet doré, mais « à l’instant même, le rayon perça les nuages et vint réchauffer le couple perdu au sein des eaux. »

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Quand ils abordèrent, « le jeune guerrier cueillit une petite plante. — C’est une fleur des montagnes de Kaf, dit-il, nous sommes en Scythie.

« — Quel dieu dois-je remercier, Némeith ? N’es-tu pas dieu toi-même, et n’est-ce pas toi seul que je dois adorer ?

« Némeith n’osa lui rappeler la colère de Ptah et les sermens dont le fleuve Léthé l’avait enfin déliée.

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« Un an après, lorsque les anciens guerriers de Némeith et ceux qui avaient échappé aux feux de Ptah eurent rejoint leur chef, deux beaux jumeaux aux cheveux d’or voyaient le jour devant la hutte de feuillage, sous les grands arbres de la forêt.

« La première fois qu’ils sourirent à leur mère, elle se souvint confusément du passé et dit à Némeith :

« — Ai-je rêvé que j’étais une grande princesse et qu’un peuple immense m’adorait comme une divinité ?

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