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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/974

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absente, et alors, ami chéri, ton agonie sera cependant un peu moins cruelle ! Oh ! ne crains pas ! Que tes beaux yeux ne me regardent pas comme si j’allais m’éloigner ! Je te tiendrai toujours quand même mes os se briseraient de la douleur de te voir mourir ; mes bras, mes yeux ne se détacheront pas de toi, et ton dernier regard verra que je suis toujours là.

« Et après, mon Dieu, comme tu veux, tout ce que tu veux, quand tu veux ! Si je vis, je serai heureuse ; si je meurs, pourvu que je sois avec lui, je le serai aussi. Et, quant à ma vie sur la terre sans lui, je ne veux pas même craindre de me consoler. Ce sera tout ce que tu voudras, mon Dieu ; que ce ne soit seulement pas le péché et le remords ! Mon Dieu, mon Jésus, la foi, la vive, vraie foi pour moi ! Je ne veux rien et je veux tout. Amen. »


Toutes les pages écrites pendant cette semaine qui sépara l’abjuration de la communion sont remarquables par un aimable mélange de douceur et de tristesse, image de la situation où sa conversion et la mort prochaine de son mari plaçaient alors son âme. Nous extrairons ces quelques lignes un peu subtiles, mais touchantes, écrites un jour qu’elle avait vendu, pour en distribuer le prix en charités, son collier de perles :


« Perles, symbole de larmes !
« Perles, larmes de la mer,
« Recueillies avec larmes au fond de ses abîmes,
« Portées souvent avec larmes au milieu des plaisirs du monde,
« Quittées aujourd’hui avec larmes dans la plus grande des douleurs terrestres,
« Allez enfin sécher des larmes en vous changeant en pain ! »


La première communion d’Alexandrine s’accomplit en même temps que la dernière communion d’Albert, près de son lit d’agonie, et le lendemain, 29 juin 1836, les deux époux se séparèrent non plus pour toujours, comme ils l’avaient craint longtemps, mais jusqu’à leur prochaine réunion dans l’éternité. La nuit qui suivit le départ d’Albert de ce monde, elle lui adressa cet adieu plein à la fois de douleur et d’espérance :


« Albert ! Albert ! ami chéri ! tu n’es plus avec moi. Ami, frère, mari, confident, je dois vivre sans toi ! Oh ! Dieu soit loué du moins que je sente ta perte irréparable ! Ami, maintenant je sens comme je te chéris, comme je t’ai toujours chéri. Je sens si bien qu’il n’y avait que toi pour moi sur la terre ! J’ai souvent été indigne de toi, cela est vrai, mais pourtant comme je t’ai aimé et apprécié ! comme je le fais encore plus maintenant ! Quel noble cœur ! quelle âme charmante ! quelle loyauté ! quelle tendresse ! Oh ! cher ami si modeste, apprends dans le séjour heureux où tu es maintenant, apprends ce que tu valais sur terre, et apprends aussi combien je t’ai aimé ! Si, comme j’en ai eu l’épouvantable crainte, tu étais mort sans