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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/795

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qu’une limite infranchissable serait posée aux agrandissemens de la république, et que les puissances européennes pourraient se livrer avec plus de sécurité dans l’Amérique du Nord aux fantaisies de conquête coloniale. La guerre s’est terminée ; elle a laissé le peuple américain plus grand qu’il n’était avant cette douloureuse épreuve : nous demandons ce qu’ont gagné à la guerre l’Angleterre pour la sécurité de la possession du Canada, la France pour la vitalité de son entreprise mexicaine ?

La fin des vacances de Pâques est l’échéance de la crise que va, selon toute apparence, traverser le cabinet anglais. Comme il était aisé de le prévoir, la résistance soulevée par le bill de réforme du ministère s’appuiera sur le caractère incomplet de cette mesure, et tendra par un amendement préalable à faire écarter le bill à l’épreuve de la seconde lecture. On reproche surtout au bill de ne résoudre qu’une portion de la question de la réforme parlementaire, celle qui concerne les conditions qui doivent donner le droit électoral, et de remettre à une autre loi et à une autre année la solution de l’autre partie du problème, le remaniement des collèges électoraux, ou ce que l’on appelle en Angleterre la distribution nouvelle des sièges. Dans une réunion formée d’un nombre considérable de membres du parti tory, M. Disraeli avait annoncé, avec l’approbation de ses amis, que tel était le terrain choisi par l’opposition et qui devait lui être le plus favorable. Peu de jours après en effet, un amendement conçu selon ces idées était annoncé par le représentant d’une des maisons patriciennes du parti whig, par le comte de Grosvenor, fils et héritier présomptif du riche marquis de Westminster. Cet amendement, qui sera soutenu par les tories, décidera du sort du bill et de la destinée du ministère. Les deux choses sont étroitement liées ; il est certain que le mécontentement excité par le bill dans une section du parti whig a mis en péril l’existence du cabinet ; il n’est pas douteux non plus que le peu de faveur que rencontre dans le public politique l’administration formée par le comte Russell n’augmente le nombre des adversaires du bill. C’est en tout cas un fâcheux symptôme pour le ministère que l’opposition ait pour organe en cette circonstance un whig du rang et du nom de lord Grosvenor. Les débats de la chambre des communes ont sans doute des péripéties imprévues, et il serait téméraire de prédire positivement l’échec ministériel. Cet échec cependant est probable. Au fond, l’objection opposée au bill par l’amendement de lord Grosvenor est juste. Dans l’état compliqué du système électoral anglais, la réforme ne peut se borner à une réduction du cens. Il faut savoir encore comment le cens nouveau se combinera avec le nouveau classement des groupes représentés. Il y a là des droits, des intérêts, des forces, qui doivent se combiner, se contre-balancer, et dont le législateur ne peut mesurer l’équilibre, si on né lui soumet qu’une seule des deux données du problème. La société politique influente d’Angleterre, en se décidant à un changement de cabinet, montre également un grand tact et un juste sentiment de l’à-