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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/791

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L’opposition sera puissante parce que le libéralisme a pour lui la logique de la constitution, le génie de 1789, les conditions nécessaires de la civilisation moderne ; elle sera puissante parce que, tant que le gouvernement se fermera aux compétitions de la liberté, les talens les plus élevés et les plus indépendans, par conséquent les plus estimés et les plus populaires, iront recruter ses rangs ; elle sera puissante parce que, n’étant pas admise au partage du pouvoir, les événemens ne la chargeront d’aucune responsabilité, et ne pourront manquer de donner raison à la plupart de ses critiques ; elle sera puissante enfin parce qu’elle sera modérée, et c’est encore le gouvernement qui, avec les restrictions dont il continuera d’entourer les libertés politiques, lui imposera cette vertu de la modération si attrayante, si persuasive et si efficace. Si le gouvernement prête une oreille attentive à ce qui se passe dans la société éclairée et vivante, s’il se rend un compte impartial de l’impression produite dans le pays par la discussion de l’adresse, il reconnaîtra que le bon vent commence à souffler dans les voiles de l’opposition libérale, et il n’alléguera plus longtemps la considération d’inopportunité sur laquelle il se fonde pour ajourner la liberté.

La rivalité de la Prusse et de l’Autriche cause en ce moment en Europe un très grave émoi. On doit signaler à ce propos la différence qui sépare la diplomatie professionnelle du public de notre époque, public affairé, agité, toujours tenu en éveil par ses intérêts. Depuis peu de jours, depuis que l’on parle des arméniens de la Prusse et de l’Autriche, les fonds publics ont subi une grande dépréciation en France aussi bien que sur tous les marchés de l’Europe. L’alarme a pris un moment les proportions d’une panique, et la rente italienne a été particulièrement maltraitée. Les capitaux français étant engagés à l’étranger dans des proportions considérables, ces capitaux commanditant la totalité des chemins de fer italiens, ayant souscrit la plus grande partie des emprunts émis à Turin, étant mêlés aussi aux affaires de chemins de fer et d’emprunt de l’Autriche, la baisse produite par l’échauffourée allemande les atteint sévèrement. Le public industriel et financier de notre pays a donc d’excellentes raisons de penser que le conflit austro-prussien blesse les intérêts français. Un journal officieux a aujourd’hui la prétention béate de guérir cette plaie aiguë en répétant les phrases du discours de la couronne et de l’adresse du corps législatif où il est question des affaires d’Allemagne : or ces déclarations officielles se bornent à dire que nous ne sommes point directement intéressés dans ces affaires et que nous y observons une politique de neutralité. Nous doutons que ces vagues assurances suffisent pour calmer les inquiétudes du public ; en tout cas, elles ne lui démontreront point que nos intérêts ne sont pas affectés par la crise germanique. Nous n’avons jamais admiré, on le sait, la politique d’abstention que la France a gardée en présence des questions qui agitent l’Allemagne depuis la fin de 1862. Cette politique n’a point lieu de se vanter des résultats qu’elle a laissés s’accomplir, et qu’elle