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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/744

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l’endroit où il avait mis à l’abri son wagon et le retrouva intact, à l’exception d’une des roues qui avait été détruite par des fourmis blanches. Sa pharmacie, ses livres, ses instrumens, rien n’avait souffert. Les naturels exprimèrent de la manière la plus touchante le bonheur qu’ils auraient eu de voir Mme Livingstone et ses enfans : « sommes-nous donc condamnés à ne plus connaître d’eux que leur nom ? »

Après un mois de séjour dans ces lieux qui lui rappelaient de si précieux souvenirs, il se sépara de ses amis et de Sékélétou, que sa maladie conduisit au tombeau en 1863 ; il reprit le chemin du Bas-Zambèse et résolut d’explorer le bassin secondaire du Shiré, un des affluens les plus considérables du fleuve. Cette rivière arrose la vallée de Maganja, et bien que son confluent avec le Zambèse ne soit qu’à 160 kilomètres de la côte et au centre même des possessions portugaises, son cours n’avait été étudié par aucun Européen. Les riverains, munis d’armes empoisonnées, expulsaient tous les étrangers qui essayaient de pénétrer dans leur pays.

Le Shiré est moins large que le Zambèse, mais plus profond. Livingstone en suivit les méandres sur son vapeur, pourchassant les nombreux hippopotames qui ne se dérangeaient pas devant ce nouveau-venu dans leur domaine. Les crocodiles, mieux avisés, arrivaient en masse pour le voir, mais à quelques pieds du navire ils jugeaient prudent de se retirer. Les naturels, ne sachant que penser de cette étrange embarcation et croyant à une attaque, se montraient sur la rive tout prêts à lancer leurs flèches mortelles sur les étrangers. Le chef avait ordonné aux femmes et aux enfans de s’éloigner et avait massé auprès de lui un corps considérable. Arrivé près de son village, le docteur reçut l’ordre de s’arrêter ; il descendit de son navire et alla faire connaître au chef indigène la nation à laquelle il appartenait et la nature de la mission qu’il avait à remplir. Cette courageuse démarche eut un plein succès, il gagna l’amitié de ce chef et de ses sujets, qui se mirent sans délai à lui apporter des provisions.

Le bassin du Shiré, qui se trouve entre les 11e et 18e degrés de latitude sud, et dont le 32° 30’ de longitude est forme à peu près la ligne médiane, renferme tous les élémens d’une nature privilégiée. Vastes plaines, collines à formes arrondies et couronnées de citronniers et d’orangers sauvages, montagnes de quatre à six mille pieds d’altitude, boisées jusqu’au sommet, nappes d’eau de toutes grandeurs, ravins, ruisseaux, torrens, sources d’eau chaude sulfureuse, marais, vrais jardins de plantes aquatiques, un réservoir auprès duquel on compte jusqu’à huit cents éléphans, une faune et une flore d’une richesse étonnante, — voilà ce que vit Livingstone. Il erra au