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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/720

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suspendue au côté, le sécateur et le canif dans la poche, un marteau à la main, il peut attaquer la nature dans ses trois règnes et en rapporter de précieux échantillons. De retour sous son toit, il classe ses richesses, rédige ses notes, enregistre les événemens de la journée et suppute la distance qu’il a parcourue à l’aide d’un appareil fixé à l’une des roues de son wagon.

Pour arriver au lac Ngami, il fallait traverser la partie nord-est du désert de Kalihari : l’aspect du pays ne justifie nullement le nom qu’il porte ; l’herbe y pousse avec vigueur, ainsi que plusieurs variétés de plantes rampantes. Plusieurs tuberculeuses fournissent une nourriture saine et rafraîchissante, entre autres le leroshia à feuilles linéaires, et dont la tige n’est pas plus grosse qu’un tuyau de plume. Le leroshia produit, à un pied ou dix-huit pouces de profondeur, un bulbe de la grosseur de la tête d’un enfant, formé d’un tissu cellulaire dont le goût rappelle celui du jeune navet. Le mokuri pousse dans les terrains les plus exposés aux rayons brûlans du soleil, il forme sous terre, à des profondeurs, à des distances inégalés, des tubercules aussi gros que la tête d’un homme ; les naturels du pays le découvrent d’après le son que rend le sol frappé avec une pierre. Dans la saison pluvieuse, ce même désert se couvre de melons que tous les animaux, depuis l’éléphant jusqu’à la souris, viennent disputer à l’homme, à qui, on le conçoit, ils font une formidable concurrence.

Les voyageurs se dirigèrent d’abord en droite ligne vers le nord en suivant le lit d’une ancienne rivière. Aucun mouvement de terrain ne venait rompre la monotonie du paysage. Le sol était composé d’un sable blanc siliceux, fort doux au toucher, sur lequel un soleil sans nuages projetait une lueur éblouissante. Les massifs d’arbres et d’arbustes dont le pays est parsemé étaient si régulièrement espacés et formaient un dessin tellement uniforme que souvent le guide de la caravane ne retrouvait plus le chemin qui conduisait à une source ou à un réservoir d’eau. Dans leur incertitude, les explorateurs mettaient à profit le caractère de la faune du district qu’ils traversaient. Étaient-ils entourés de ces petits mammifères armés de griffes pointues qui creusent la terre et se nourrissent de racines aqueuses, ils en tiraient le désagréable augure que le pays n’était pas arrosé. Rencontraient-ils isolés ou par bandes le rhinocéros, le buffle ou le gnou, ils prenaient courage, l’eau ne pouvait être qu’à une distance de huit ou dix kilomètres. La rencontre de l’élan et de l’autruche les laissait indifférens ; ces animaux peuvent en effet supporter sans peine une sécheresse prolongée.

Un mois après leur départ, ils aperçurent une vaste plaine blanche qu’une ceinture de bauhinia cachait en partie à leurs regards et sur laquelle le soleil couchant étendait une légère vapeur