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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/714

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au-dessus de sa portée. Il faut que la naissance ou la force, deux faits qui sont à ses yeux d’ordre divin, lui impose l’autorité. Chaque tribu a son chef qui la gouverne directement ou par l’organe d’agens indigènes ? sa volonté n’a d’autres contre-poids que les coutumes du pays. Quand il n’est pas juge dans sa propre cause, il administre la justice avec assez d’impartialité ; sa décision est précédée d’un débat contradictoire où le pauvre parle avec autant de liberté que le riche. Lorsqu’il s’agit d’une affaire où les intérêts généraux de la tribu sont engagés, le chef est obligé de réunir un conseil général appelé pitso (convocation) ; c’est un des conseillers du chef qui expose l’affaire ; il remplie souvent cette tâche avec impartialité et sans faire connaître son opinion ou celle de son maître. La parole est à tous ceux qui la demandent ou plutôt qui la prennent. L’usage garantit une pleine liberté aux orateurs, qui ne se font pas faute de censurer les mesures de leur chef. Celui-ci parle le dernier, se justifie si cela est nécessaires et clôt l’assemblée, dont le caractère est apurement consultatif. Malgré ces allures d’indépendance que les Béchouanas prennent en de certains momens, il est rare que dans les discussions ou conversations ordinaires ils se permettent d’interrompre leurs chefs ; ceux-ci en ont profité, paraît-il, pour prendre l’habitude de parler à tort et à travers, car quand un nègre trouve que son interlocuteur manque de bon sens, il se contente de lui dire : « Vous parlez comme un chef. »

Si nous quittons le territoire occupé par cette grande famille des Béchouanas, et que nous franchissions le Zambèse sous le méridien qui divise l’Afrique australe en deux parties égales, et sous le 17e degré de latitude sud, nous nous trouvons en face d’un pays appelé le Londa, et dont les habitant se nomment Balonda. Au nord, les limites du Londa sont incertaines ; au nord-est, il rejoint ces contrées que baigne le Tanganika et que Speke a décrites dans son voyage aux sources du Nil ; il touche par l’est et l’ouest à des tribus qui subissent l’action plus ou moins directe des colonies portugaises de l’Angola et du Mozambique. Cette fraction de la race nègre occupe donc un trapèze dont les côtés parallèles, s’écartent de 10 à 11 degrés. Elle est moins bien douée que la précédente : traits plus durs, dents mutilées, fosses nasales élargies, lèvres fendues ou trouées, coiffures extravagantes, vêtemens réduits à leur plus simple expression et quelquefois supprimés, mœurs plus cruelles, résultat de l’esclavage et du honteux trafic qu’il engendre, absence de vertus hospitalières, caractère général où les plus tristes reflets de la civilisation coloniale, arabe ou portugaise viennent s’unir aux instincts les moins élevés de la nature humaine. Dans ces sombres régions, le despotisme atteint les limites de la folie, et les aberrations du sentiment religieux prennent des proportions inouïes. Aux