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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/67

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exhausser le pavé de San-Vitale pour le mettre à l’abri des eaux, et quand on va visiter, à une demi lieue de la ville, San-Apollinare-in-Classe, on trouve sur son chemin une colonne de marbre ; c’est le reste d’un faubourg entier, le dernier débris d’une basilique détruite. L’église elle-même semble abandonnée, elle subsiste seule dans un désert occupé jadis par un des trois quartiers de Ravenne ; la crypte est souvent envahie par les crues, et près d’elle une forêt de pins muette, séjour des vipères, a remplacé du côté de la mer les cultures et les habitations des hommes.


De Bologne à Padoue, 19 avril.

Il semble que toute cette contrée soit un pays d’alluvions ; c’est une Flandre italienne. Des deux côtés du chemin de fer s’étend une plaine immense, toute verte, remplie de bétail et de chevaux libres. Le soleil printanier luit sur elle avec une joie infinie ; rien ne la barre, sauf à l’horizon une ceinture d’arbres effilés comme une délicate frange de soie, et la coupole élargie du ciel est de l’azur le plus tendre.

Bientôt, la contrée engorgée d’humidité, les canaux commencent. A partir de Ferrare, le chemin est une haute chaussée à l’abri des inondations : partout des rigoles, des flaques d’eau pleines de joncs, à droite la nappe argentée du Pô, si lente qu’elle semble immobile ; il se traîne ainsi, amplement répandu dans la fraîcheur universelle, parmi des sables polis et des îles boisées. On chemine sur une route droite unie, propre comme celles de Flandre, entre des peupliers d’un vert charmant. Tous les arbres bourgeonnent ; c’est le printemps qui à perte de vue fleurit et s’épanouit.

Souvent au bout du long ruban blanc de la route paraît un clocher, puis des amas de maisons sur un terrain plat : c’est un village ; le ciel est tranché à vif par les maisons récrépies et par les briques brunes des campaniles. Sauf la lumière, on dirait d’un paysage hollandais ; tout à l’entour les eaux luisent et dorment, et vers le soir les grenouilles chantent.

Mais à gauche une haute barrière bleuâtre, une draperie de montagnes frangées par la neige se dégage avec une douceur infinie ; le ciel se creuse clair et pâle, et la jeune verdure s’étend sur la plaine avec une teinte presque aussi fine.


Padoue, 20 avril.

Me voici en pays autrichien, on ne s’en douterait guère à voir les livres et les estampes affichés aux boutiques des libraires. En première ligne, le Maudit, la Vie de Jésus par Renan et par Strauss, celle-ci traduite par Littré, — Victor Hugo, Hegel, etc. Une estampe représente Garibaldi dormant et Alexandre Dumas qui le contemple,