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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/642

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votèrent une résolution que M. Thaddeus Stevens fut chargé de présenter et de faire voter le lendemain dans la chambre. Elle portait qu’une commission mixte serait nommée par les deux chambres pour examiner l’affaire des députés du sud, que cette commission se composerait de quinze membres, neuf députés et six sénateurs, qu’elle s’informerait de la condition véritable des anciens états confédérés, et jugerait s’il y en avait qui fussent dignes d’être admis à une représentation dans le congrès, qu’en attendant son rapport et la décision finale des chambres, aucun député des états rebelles ne pourrait entrer dans le congrès, et que tous les titres et documens relatifs à l’affaire seraient renvoyés directement à la commission. — Les radicaux formulaient enfin leur programme et déclaraient la guerre au président.

Les acteurs étaient préparés, et la représentation publique eut lieu le lendemain avec un plein succès. Le clerk de la chambre, M. Mac-Pherson, en faisant l’appel des membres, omit à dessein les noms des représentans du sud. Quand M. Maynard et les députés du Tennessee, élus pourtant sous l’empire d’une constitution votée par les unionistes, réclamèrent contre l’omission, on leur répondit en leur imposant silence, parce qu’ils n’étaient pas membres du congrès. M. Stevens s’écria même : « Il n’y a pas d’état du Tennessee ! » puis, sitôt la chambre organisée et prête à l’entendre, il donna lecture des résolutions préparées la veille, et sans discussion ni forme de procès, sans daigner répliquer même aux timides réclamations des démocrates, il les fit voter d’emblée à une énorme majorité. Les démocrates revinrent à la charge et essayèrent au moins d’obtenir pour leurs protégés des états du sud la libre entrée de la salle des séances. On leur refusa jusqu’à cette innocente consolation, et les radicaux s’en allèrent en chantant victoire.

Dans le sénat comme dans la chambre, ils n’avaient eu qu’à se montrer pour vaincre ; mais dans le sénat leur stratégie n’était pas la même. Au lieu de cette attaque vive, impétueuse, hardie, de cette charge irrésistible à la baïonnette que M. Stevens lançait à la même heure contre les démocrates éperdus, MM. Wade, Sumner, Wilson et les autres leaders du sénat ouvraient méthodiquement la bataille par un feu formidable de leur plus grosse artillerie parlementaire, et écrasaient l’ennemi sous une montagne de résolutions, de lois et de propositions de tout genre. Il y avait d’abord la proposition de M. Wade pour conférer le droit de suffrage aux citoyens noirs du district de Colombie et donner ainsi le bon exemple aux états du sud, puis le bill de M. Wilson « pour maintenir la liberté des habitans des états déclarés en insurrection et rébellion, » puis une série de résolutions de M. Sumner pour fixer les