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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/601

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Dans le second système, on ne conteste pas l’idée de l’extinction de la dette, qui peut être renfermée dans le mot d’amortissement ; mais on s’effraie des conséquences pratiques de cet amortissement. On trouve qu’il arrive un moment où, avec les intérêts composés, on peut avoir une telle somme à consacrer au rachat de la dette, que le rachat fait dans ces conditions lèse d’autres intérêts beaucoup plus essentiels, empêche la réduction des impôts ou l’exécution de certains travaux d’une grande utilité. Dans ce système, l’amortissement doit avoir pour objet non de rembourser la dette, mais de soutenir le crédit d’une façon assez efficace pour que, selon l’expression de M. Thiers dans son admirable discours de 1865 sur les finances, le créancier de l’état qui veut réaliser son titre trouve toujours à le faire à un taux convenable. C’est aussi l’intérêt de tout le monde, car le taux de la rente étant en quelque sorte le thermomètre du crédit public, il importe qu’il se tienne à des cours favorables.

Le troisième système est plus radical ; il considère comme arriérée cette méthode du rachat successif de la rente pour arriver à l’éteindre. Qu’est-ce qui importe en définitive ? C’est que l’état soit toujours en mesure de remplir ses engagemens, c’est-à-dire de payer les intérêts de sa dette. On ne lui prête pas comme à un particulier en vue d’un remboursement à échéance déterminée. On lui prête, sans échéance aucune, en titres de rentes perpétuelles, et il ne rembourse que s’il le juge utile à ses intérêts. Ce qui importe donc, c’est qu’il fasse de l’argent qu’on lui prête le meilleur usage possible, et s’il l’emploie à développer les travaux publics, à construire des chemins de fer, à creuser des canaux, à améliorer des routes, etc., il a plus fait pour le crédit que s’il avait racheté la rente, car il a augmenté la richesse publique, qui est le gage des créanciers de l’état. — Ce n’est pas l’importance de la dette qui amène l’affaiblissement du crédit, c’est le peu de développement des ressources pour y faire face ; l’Angleterre avec 18 milliards de dette a un crédit mieux établi que l’Autriche avec 8 milliards, que l’Italie avec 4 milliards 1/2, que nous-mêmes avec 11 ou 12 milliards ; son 3 pour 100 consolidé est à 87, tandis que le nôtre est au-dessous de 69, que le 5 pour 100 autrichien est à 60, et celui de l’Italie à 61. Dans ce système, le véritable amortissement, le seul efficace, c’est l’emploi en travaux utiles des ressources disponibles.

Enfin il y a non pas le quatrième système, mais la malheureuse situation de ceux qui voudraient bien amortir, qui croient à l’utilité de l’amortissement, sous une forme quelconque, mais qui n’ont pas de ressources à y affecter. Cette situation a été la nôtre depuis