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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/583

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aussi celui des maîtres d’école, que leur profession ne met pas toujours à l’abri des solécismes et des fautes d’orthographe. Il y a enfin celui des femmes qui se joignent à leur mari et à leurs enfans, ou qui même osent toutes seules indiquer le magistrat qu’elles préfèrent, et quelquefois d’un ton très résolu : Hilario cum sun rogat. — Sema cum pueris rogat. — Fortunata cupit. — Animula facit, etc. Évidemment les femmes ne votaient pas à Pompéi, non plus que les gladiateurs ; elles n’en avaient pas moins leur candidat préféré, et elles s’arrogeaient le droit de le recommander aux électeurs réguliers. Il fallait bien que les élections fussent sérieuses et disputées pour que l’ardeur du combat se communiquât ainsi à ceux-là mêmes qui ne devaient pas prendre part.

Les municipes de ce temps avaient donc conservé toute la liberté dont ils jouissaient sous la république ; c’est ce qui explique qu’ils aient si favorablement accueilli l’empire. En somme, ils n’avaient rien perdu à l’établissement de ce régime nouveau. Les droits que les empereurs avaient enlevés au peuple de Rome, celui des provinces n’en jouissait guère. Il était facile aux citoyens romains qui habitaient Pompéi ou Stabies de se consoler de la suppression des comices du champ de Mars, auxquels l’éloignement ne leur permettait point de prendre part. Ce qui leur importait, c’étaient les élections de leur petite ville, et du moment qu’on ne les supprimait pas, il leur était fort indifférent que le pouvoir suprême fût aux mains de magistrats annuels, ou qu’un seul homme gouvernât le monde. L’antiquité n’avait pas l’idée de ce que nous appelons le gouvernement représentatif, où la souveraineté, s’exerçant par des délégués, descend de la capitale d’un grand empire jusqu’à la plus humble bourgade, et qui fait ainsi participer tous les habitans d’un pays immense à l’exercice du pouvoir politique. Ces complications étaient alors inconnues. On n’appréciait que l’autorité dont on jouit directement, et l’on faisait bon marché de droits qui ne peuvent s’exercer que par intermédiaire. On tenait beaucoup en revanche à être maître chez soi ; dans sa commune, on voulait être indépendant. De toutes les libertés, celles que l’on comprenait le mieux et auxquelles on tenait le plus, c’étaient les libertés municipales : aussi le pouvoir impérial s’était-il bien gardé d’y toucher. Loin de perdre à ce gouvernement nouveau, les municipes y avaient gagné d’être moins exposés aux troubles politiques, plus sûrs du lendemain. La sécurité leur avait donné la richesse. Ils étaient presque tous ruinés vers la fin de la république, et leurs finances semblent s’être rétablies sous les premiers empereurs. La paix du monde, en rendant les transactions et les échanges plus faciles, répandit dans l’Italie et les provinces une aisance et Un bien-être qu’elles n’avaient