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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/572

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Sur ce point, les inscriptions s’accordent tout à fait avec les monumens ; c’est aussi du plaisir, de l’amour, des spectacles, qu’elles nous entretiennent d’ordinaire. Les spectacles semblent avoir surtout charmé les habitans de Pompéi. On les avait toujours beaucoup aimés à Rome ; on les aimait peut-être encore plus dans les villes moins importantes, où l’on avait moins de manières de passer le temps. A l’époque de Cicéron, le théâtre était leur plus grand amusement ; les comédiens et surtout les comédiennes y étaient fort goûtés. En défendant un de ses cliens dont la jeunesse n’avait pas été fort sévère, il disait sans se gêner : « On l’accuse d’avoir enlevé une comédienne ; c’est un divertissement que l’usage autorise, surtout dans les municipes. » A Pompéi, les spectacles étaient une véritable fureur : il y en avait de toutes les sortes, des combats de taureaux, des grandes chasses d’ours et de sangliers, des courses de chevaux, des luttes d’athlètes et quelquefois aussi des pantomimes. Nous savons que Pylade, le plus grand acteur de ce temps, est venu y donner des représentations ; mais c’étaient les gladiateurs qui avaient la vogue : on en connaît cinq troupes différentes, et il n’est pas probable qu’on les connaisse toutes. Ces combats étaient annoncés par des affiches qu’on trouve encore en grand nombre sur les murailles ; l’affiche donne la composition du spectacle ; elle indique si des athlètes, des chasses, des tombolas, comme on dirait aujourd’hui, seront joints aux gladiateurs pour rendre la fête complète ; elle n’oublie pas non plus d’indiquer qu’il y aura des tentes pour les gens qui craignent le soleil, venatio, athletœ, sparsiones, vela erunt ; elle fixe le jour, tantôt en prévoyant qu’il pourra être reculé pour cause de mauvais temps, qua dies patietur, tantôt en annonçant, au grand plaisir des amateurs furieux, qu’il n’y aura pas de remise, et que l’on combattra, quelque temps qu’il fasse, sine ulla dilatione.

Ces spectacles étaient le divertissement le plus cher des habitans de Pompéi. Les ambitieux qui voulaient leur plaire ne l’ignoraient pas. Aussi les magistrats en espérance ou en exercice ne connaissaient-ils pas de meilleur moyen de s’attirer la bienveillance du peuple ou de l’en remercier, quand ils l’avaient acquise, que de lui offrir un combat de gladiateurs. L’un d’entre eux, le duumvir Clodius Flaccus, plus reconnaissant que les autres, en fit combattre ensemble trente-cinq paires dans une seule représentation. Le nom de Pompéi n’apparaît point souvent dans l’histoire. Tacite ne parle guère qu’une fois de cette petite ville, et c’est précisément au sujet d’un spectacle de ce genre. Il raconte que dans un de ces combats, qui naturellement ne portaient pas les âmes à la douceur, les habitans de Nucéria et ceux de Pompéi, chez lesquels se donnait la fête,