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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/570

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n’a pas besoin d’un grand effort d’imagination pour leur rendre la vie.

Mais cet effort même, si facile qu’il soit, nous est inutile ; nous avons ici très peu besoin d’imagination et de conjectures. Une circonstance heureuse nous les épargne. Ces monumens portent presque toujours des inscriptions ; ils semblent donc prendre la parole pour nous apprendre d’eux-mêmes et de ceux qui les fréquentaient ce que nous désirions savoir. Les inscriptions étaient alors le seul moyen d’information et de publicité qu’on possédât ; aussi étaient-elles très nombreuses dans les villes anciennes. On en retrouvé de trois espèces différentes à Pompéi, d’abords celles qui sont gravées sur le marbre ou sur la pierre, tantôt au fronton des temples pour nous apprendre qui les a construits, tantôt sur la base des statues pour nous faire savoir le nom du personnage quelles représentent et les fonctions qu’il avait remplies. Ces inscriptions étaient destinées à vivre autant que le monument qui les portait, et le hasard qui nous les a conservées n’a pas commis d’indiscrétion. Il y avait ensuite celles qui étaient peintes avec un pinceau, en rouge ou en noir, sur les murailles des maisons ou des portiques. Celles-là, beaucoup plus curieuses pour nous que les premières, remplissaient l’office de nos affiches d’aujourd’hui. C’est par elles qu’au moment des élections on recommandait les candidats au choix de leurs concitoyens ; c’est par elles qu’un entrepreneur de spectacle faisait connaître le jour et le programme de ses représentations, qu’un propriétaire apprenait au public qu’il avait un appartement à louer pour le terme de juillet, et que le maître de l’auberge du Coq ou de l’Éléphant invitait les voyageurs à loger, chez lui en leur promettant un bon dîner et toute sorte de commodités, omnia commoda prœstantur ; c’est par elles aussi qu’on réclame les objets volés ou perdus et qu’on annonce qu’il y aura une récompense honnête pour celui qui les fera retrouver. « Une urne de vin a disparu de la boutique ; celui qui la rapportera recevra 65 sesterces (13 francs) ; s’il amène le voleur, on lui donnera le double. » La troisième espèce d’inscriptions contient celles qui étaient simplement tracées avec la pointe d’un clou ou d’un couteau, soit par des amoureux qui se donnent le plaisir de saluer leur belle en passant, soit par quelque mauvais plaisant qui est bien aise de nous faire savoir qu’il a la pituite, ou qui traite sans façon de barbares ceux qui ont l’inconvenance de ne pas l’inviter à dîner, soit par quelques malins qui nous apprennent qu’Épaphra est un débauché, qu’Anomalus et Verecunnus sont des fainéans et qu’Oppius est un voleur [1]. Ces

  1. De ces trois classes d’inscriptions, la première a été recueillie par M. Mommsen (Inscriptiones regni Neapolitani, Lips., 1852), la dernière dans un ouvrage intéressant du père Garrucci, dont la seconde édition a paru à Paris en 1856, et qui est intitulé Graffiti de Pompéi. Malheureusement le père Garrucci est un de ces savans qui ne veulent pas se résoudre à ignorer quelque chose. Il faut qu’il rende raison de tout. Rien n’égale l’intrépidité de ses affirmations dans les questions les plus douteuses. Quant aux inscriptions tracées au pinceau, elles, n’ont été réunies nulle part. Il faut les chercher péniblement dans le Museo Borbonico, le Giornale degli scavi ou les relations des voyageurs.