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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/556

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trouvaient dans le même état qu’Adam avant sa chute, que le baptême enfin leur était salutaire comme sanctification, non point comme rémission ; 2° qu’il était faux que tous les hommes mourussent par la mort et par la prévarication d’Adam, et qu’ils ressuscitassent tous par la résurrection de Jésus-Christ ; 3° que l’ancienne loi avait autant de puissance que la nouvelle pour élever l’homme au royaume des cieux, et qu’avant la venue du Messie il y avait eu des hommes qui n’avaient point péché. » A mesure qu’on lisait ces propositions, Pélage répondait qu’elles n’étaient pas de lui. « Cependant, répliquait Orose, tu m’as dit toi-même que ta doctrine était que l’homme pouvait être sans péché et garder aisément les commandemens de Dieu, s’il le voulait. » Pélage reconnut qu’il l’avait dit et qu’il le soutenait encore. « Eh bien ! ajouta Orose, c’est ce que le concile d’Afrique a détesté dans Célestius, ce que l’évêque Augustin a rejeté avec horreur, comme l’assemblée vient de l’entendre, ce qu’il condamne encore dans le livre De la nature et de la grâce, en réponse à tes propres écrits, ce qu’enfin le bienheureux Jérôme, si célèbre par ses victoires sur les hérétiques, a condamné dans sa lettre à Ctésiphon, et qu’il réfute maintenant dans les dialogues qu’il est en train de composer. »

Jean l’interrompit alors avec véhémence, lui demandant quelle était sa qualité pour vouloir condamner Pélage, que, s’il se portait réellement accusateur, il le fît en termes nets et s’engageât à poursuivre juridiquement son adversaire devant lui, Jean, en sa qualité d’évêque de Jérusalem ; mais de toutes parts on lui cria : « Il n’y a ici ni défenseurs, ni accusateurs, ni juges de Pélage ; il y a une conférence où l’on essaie de s’éclairer et d’arrêter, s’il y a lieu, les ravages d’une hérésie mal comprise et enseignée par un laïque. » De plus en plus animé par l’opposition qu’il rencontrait, Jean commença une longue harangue dans laquelle il insista pour qu’une accusation formelle fût instruite devant son tribunal épiscopal. Il parla de l’impeccabilité de l’homme afin de donner à Pélage l’occasion d’en limiter l’étendue, et de la grâce de Dieu, pour que l’hérésiarque en reconnût vaguement l’utilité. Pélage, au milieu du bruit, fit alors cette profession de foi : « Anathème à quiconque prétend que sans le secours de Dieu l’homme peut atteindre la perfection de la vertu ! » Il évita de dire « la grâce » et d’expliquer ce qu’il entendait par « le secours. » — « Assurément, repartit Orose, anathème sur celui qui nie le secours de Dieu ! Pour moi, je ne le nie pas., et bien au contraire, c’est pour cela que je condamne ton hérésie. »

Tout cela se passait dans le plus grand désordre, les interruptions se croisaient, les déclarations se combattaient, les unes en grec, les autres en latin. Orose eut des doutes sur l’interprétation