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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/510

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sagacité que nos lecteurs n’ont point oubliées, et lui-même il publie aujourd’hui en un volume, sous le titre d’Études de diplomatie contemporaine, la réunion de ces remarquables travaux. Ce que nous avons vu avec regret dans le discours de M. de Parieu, c’est une tendance d’injuste sévérité envers le Danemark et de trop indulgente complaisance pour la politique prussienne. Cette nuance a frappé d’autres que nous, puisqu’un des journaux de M. de Bismark a reproduit le discours de M. de Parieu. Ce serait un sujet d’affliction que cette nuance fût l’exact reflet des inclinations actuelles de notre gouvernement et indiquât une déviation de la politique traditionnelle de la France. Certes la politique de la France ne peut excuser les étranges artifices de langage et de conduite par lesquels M. de Bismark est parvenu à opérer la spoliation du Danemark ; la politique française ne pourrait pas davantage donner raison au ministre prussien dans son différend actuel avec l’Autriche. Quand on prit à Paris son parti des malheurs du Danemark, on se hâta de se consoler par l’espoir que la séparation des duchés serait un véritable succès pour la nationalité germanique, et profiterait à l’influence des états moyens de la confédération. Cette espérance certes n’a point été satisfaite ; nous ne pouvons cependant la renier et la bafouer nous-mêmes en nous ralliant au parti de M. de Bismark. Quels que soient les torts qu’elle a partagés avec la Prusse dans le passé, l’Autriche du moins a aujourd’hui le mérite de soutenir la politique la plus conforme à l’autonomie des duchés et aux intérêts des états secondaires dans la confédération. L’Autriche sera-t-elle ferme dans la défense des droits qu’elle représente ? Il faut le souhaiter, sans se dissimuler cependant, les causes de faiblesse qu’elle trouve dans sa situation intérieure. Ces causes ne seraient point aisées à surmonter, si, contrairement à l’espoir qu’on avait conçu, l’harmonie ne se rétablissait pas entre la cour de Vienne et la Hongrie, comme le ferait craindre la démission annoncée de M. de Mailath.

Si le conflit de la Prusse et de l’Autriche devait aboutir à un choc militaire, une grande occasion s’offrirait à la politique étrangère de l’Italie Soit que la Prusse réussît à entraîner l’Italie dans son alliance, soit que l’Autriche fît des efforts opportuns pour détourner le danger d’une diversion sur sa frontière méridionale, la question des duchés aurait dans la Vénétie un retentissement profitable au royaume italien. Singulière et fragile situation du monde qui fait qu’au milieu d’un besoin universel de repos et de paix de telles perspectives puissent tout à coup apparaître comme une réalité prochaine et saisissable au premier incident ! Notre chambre pourtant, si prudente à l’endroit de l’Allemagne, n’a point hésité à marquer d’une accentuation préméditée le passage du discours de la couronne relatif à l’Italie. L’adresse s’est prononcée pour le pouvoir temporel du pape. Pourquoi nous engager ainsi sur le temporel, nous Français qui l’avons aboli chez nous, en Allemagne, et pour une grande part en Italie même par les aliénations des états ecclésiastiques que nous avons tolérées ? Ce