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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/483

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bien peu de retentissement dans le monde chrétien, où de pareilles contestations ne devaient pas être rares, pour que les Actes des Apôtres, qui sont, comme on sait, l’histoire de saint Paul, n’en fassent pas même mention. L’apôtre des gentils en tire toutefois habilement parti pour proclamer devant les communautés qui suivent son évangile : « Voilà ce que j’ai dit en face à Céphas ! » Si les Actes des Apôtres, contemporains du fait, ne l’avaient pas même mentionné, les interprètes de l’histoire ecclésiastique gardèrent le même silence pendant deux siècles ; mais vers le milieu du troisième un de ces néoplatoniciens qui attaquaient perfidement le christianisme avec ses propres livres, le philosophe Porphyre, réveilla ce souvenir et s’en arma contre saint Paul. Il présenta l’apostolat comme divisé en deux camps armés l’un contre l’autre : Paul ennemi de Pierre, jaloux de son autorité, en révolte contre la suprématie établie par le Christ lui-même, hautain, arrogant jusqu’à l’impudence (ce sont les expressions du philosophe), « car, ajoutait-il, Paul, dans la querelle d’Antioche, ne rougissait pas de reprocher à Pierre son judaïsme, quand il judaïsait lui-même. » — Cette insulte brutale au grand apôtre de l’Asie grecque mit en émoi toutes les églises de ces provinces. On sentit la nécessité d’y répondre, en vue non-seulement des agresseurs païens, mais aussi des églises judaïsantes, sorties des hérésies primitives et dont plusieurs subsistaient encore sur les confins de l’Arabie. Pour ce double besoin, l’église catholique réclamait une réfutation complète, énergique : le grand Origène s’en chargea. Il consulta les traditions encore vivantes autour du berceau de l’Évangile, surtout celles de l’église d’Antioche, où la dispute s’était passée, et voici quelle fut la réponse aux imputations de Porphyre. — « La scène d’Antioche évidemment avait été concertée entre Pierre, mécontent de la tyrannie que prétendaient exercer sur lui les circoncis de Jérusalem, et Paul, non moins mécontent de voir infirmer ce qu’il appelait « son évangile » et démembrer son troupeau. Paul en effet, qui avait judaïsé tant de fois « par peur des Juifs » au vu et su des gentils, qui avait même soumis des gentils ses disciples aux prescriptions mosaïques, ne pouvait venir reprocher sérieusement à son chef de judaïser « par peur de blesser les Juifs : » son inconséquente hardiesse eût été trop facilement confondue ; mais il y avait une leçon publique à donner aux judaïsans dont l’intolérance interrompait à tout propos le développement du christianisme par les voies de la liberté, et cette leçon, les deux apôtres s’entendirent pour là donner. Pierre, docteur des Juifs, reconnut dans une scène convenue, sorte de parabole orientale, que l’apôtre des gentils avait raison dans ses plaintes, et cette soumission de l’apôtre qui représentait l’élément juif dut être d’un grand poids près des chrétiens circoncis comme près des