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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/409

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IV

Le paganisme de Goethe est une vaste allégorie de la nature. Il lui sert à exprimer les aspects multiples de la réalité sensible, à en saisir les formes diverses et mobiles par des expressions allégoriques aussi variées que ces formes elles-mêmes. On a dit que le polythéisme de Goethe était la parure de son panthéisme. Rien de plus juste et de mieux dit. Seulement la parure se surcharge d’une profusion d’ornemens d’un goût médiocre ; elle écrase l’idée qu’elle devait simplement orner.

L’épisode d’Homunculus et la nuit classique de Walpürgis n’ont absolument de sens que par ce symbolisme des forces naturelles aspirant successivement à la forme, à la vie, à la perfection relative dont elles sont capables. Homunculus représente cette aspiration de ce qui n’existe qu’en puissance à l’existence pleine et achevée ; Faust, qui se promène en cette singulière compagnie à travers les enchantemens et les terreurs de cette magie thessalienne, achève le symbole en cherchant Hélène, et représente l’aspiration de la nature entière vers la forme accomplie, vers la beauté. La pensée première a de la grandeur. On nous permettra de ne pas nous disperser dans des épisodes sans lien apparent, sans rapport visible, et d’indiquer seulement par quelques traits l’organisation complexe et le développement subtil de la conception du poète : étrange fantaisie qui va des plaines de Pharsale aux bords du Pénée et aux rivages de la mer Egée, à travers une population fabuleuse de monstres et de fantômes, fils de la nuit !

Homunculus, c’est le désir de la vie, le soupir de la nature vers l’existence. Il me semble bien être le cousin-germain du devenir de Hegel. Produit équivoque de la science de Wagner, — qui, penché depuis un demi-siècle sur son creuset, espère enfin y trouver la vie dans une combinaison inespérée de substances, — et de l’art de Méphistophélès, qui a voulu donner cette illusion au vieux savant, — Homunculus n’est qu’une misérable forme humaine, captive dans le cristal d’une fiole, petit être phosphorescent, tintant, gesticulant, parlant, sans avoir, à proprement dire, ni corps ni pensée. Dérision de la science humaine, figure apparente, provisoire, pure possibilité d’être dans un commencement de forme, il veut se compléter et se joint à la caravane magique organisée par Méphistophélès pour aller à la découverte du principe et des sources de la vie. Ces sources sacrées doivent se rencontrer, par un accord mystérieux des lois de la nature, là où l’antique et immortelle beauté est éclose dans tout son éclat, en Grèce ; mais c’est vers la Grèce romantique, en Thessalie, que le poète nous conduit dans cette nuit même de