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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/375

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pacifiques paroles, on ne s’était pas laissé prendre aux pièges de sa fourberie. Dès qu’il avait passé l’Apennin et campé à la Pieve-de-San-Stephano, les Florentins, alarmés de son approche et redoutant une attaque, avaient demandé la prompte assistance des troupes de la ligue. Bien que le pape se fût accordé avec l’empereur par un traité auquel il n’avait pas encore renoncé, il importait de ne pas laisser tomber Florence entre les mains d’un ennemi qui y trouverait de grandes ressources et y accroîtrait sa puissance. Le lieutenant du pape Francesco Guicciardini joignit ses instances à celles de l’ambassadeur vénitien Foscari auprès du duc d’Urbin et à celles de l’envoyé de François Ier, Guillaume du Bellay, auprès du marquis de Saluées, pour qu’ils accourussent au secours de Florence [1]. Cédant à ces pressantes sollicitations, les deux généraux confédérés s’y acheminèrent sans retard par deux directions différentes. Ils parvinrent à la portée de la ville le 26 avril, en même temps que le duc de Bourbon pénétrait jusqu’à San-Giovanni avec l’armée impériale [2].

Ce jour même, le cardinal de Cortone, délégué de Clément VII, et Hippolyte de Médicis, neveu du pape, étant allés au-devant du duc d’Urbin, leur sortie fut considérée comme une fuite, et il éclata un mouvement populaire contre la famille qui gouvernait et épuisait la république. Les jeunes gens de la première noblesse, suivis d’une foule considérable, parurent en armes dans les rues, soulevèrent la ville aux cris de popolo, popolo ! liberta, liberta ! occupèrent le palais du gouvernement et s’y établirent. Ce soulèvement, prélude de la révolution qui renversa bientôt l’autorité des Médicis dans Florence et releva le régime républicain, n’eut pas alors de durée parce qu’il manquait d’à-propos. Le cardinal de Cortone rentra dans la ville avec les troupes confédérées ; le duc d’Urbin, le marquis de Saluées, de concert avec Federigo da Bozzolo et F. Guicciardini, apaisèrent ce tumulte intempestif sans qu’il en coûtât rien à ceux qui l’avaient provoqué. On décida les chefs du soulèvement à évacuer de leur gré le palais public, qu’on ne leur eût arraché de force qu’au prix de beaucoup de sang, et ils rentrèrent tranquillement chez eux, soumis de nouveau à la domination qu’ils ne devaient pas tarder à abattre [3]. Le lendemain de cette journée, Florence, secourue par les troupes confédérées, rompit l’accord dans lequel Clément VII l’avait comprise, et elle rentra

  1. Marco Foscari, dans Alberi, etc., p. 49-54. — Guicciard., lib. XVIII. — Mémoires de Martin du Bellay, frère de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, p. 16 du t. XVIII de la collection des Mémoires relatifs à l’Histoire de France, par Petitot.
  2. Marco Foscari, ibid., p. 49.
  3. Guicciard., lib. XVIII. — Marco Foscari, ibid., p. 50.