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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/373

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Languedoc, afin d’assurer qu’une somme plus forte lui permettrait de ramener en Lombardie l’armée qu’il avait désiré arrêter sans le pouvoir. Ses commissaires retournèrent auprès de lui pour le prévenir que les 150,000 ducats seraient comptés en deux fois aux soldats impériaux [1]. Ils furent suivis de près par le vice-roi de Naples et le maître d’hôtel de Clément VII, qui allaient surveiller l’exécution de ce dernier arrangement, et par les délégués florentins, qui gravirent les pentes occidentales de l’Apennin, portant avec eux les 100,000 ducats du premier paiement. Tout semblait définitif, et Clément VII considéra comme certaine la retraite des troupes impériales. Après avoir conclu la trêve du 15 mars à Rome, il avait licencié la plus grande partie des troupes qui lui restaient encore et n’avait conservé que 2,000 hommes des bandes noires, 500 chevaux et un petit nombre de Suisses [2]. En apprenant ce qui avait été convenu à Florence, pleinement rassuré, il renvoya le peu de soldats qu’il avait gardés, et demeura entièrement désarmé dans Rome.

C’était ce que voulait le duc de Bourbon. L’adhésion donnée en son nom au dernier arrangement était trompeuse. Elle n’avait d’autre objet que de faire tomber le pape dans une fausse sécurité, de maintenir ouverts les passages qui conduisaient en Toscane [3] et de laisser à la merci des impériaux Florence et Rome dépourvues de toute défense. Après avoir été retenu longtemps en Romagne par la nécessité de faire des vivres et par le débordement des rivières, le duc de Bourbon, laissant ses canons pour aller plus vite, s’était enfin dirigé vers le Val-di-Bagno, seule route qui ne lui fût pas fermée pour passer de l’état de l’église sur le territoire florentin. II avait pris Meldola, que ses troupes avaient saccagée, et remontant, par Galeata, Santa-Sophia, San-Pietro-in-Bagno, les revers orientaux des Apennins, où ses soldats, au milieu des neiges amoncelées et des torrens grossis, avaient eu beaucoup de peine à ne pas mourir de faim et de froid, il touchait aux cimes les plus élevées des montagnes qu’il voulait franchir au moment où le vice-roi de Naples, le maître d’hôtel de Clément VII et les porteurs des ducats florentins s’avançaient par le revers opposé pour le joindre et l’arrêter.

  1. Mémoire de Lannoy à l’empereur, §§ XXXV et XXXVI. Lanz, p. 703-704.
  2. Guicciard., lib. XVIII.
  3. « Il duca pénétrò nella vallo di Bagno, e superati passi angustissimi e difficilissimi ebbe comodità d’innoltrarsi nelle terre de’ Fiorentini. Che non fosse stata la fallace opinione che ad ogui modo si confermasse l’accordo, senza dubbio li imperiali erano rovinati, e Roma non saria stata distrutta. » Marco Foscari, dans Alberi, ser. II, vol. Ier, p. 15.