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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/36

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l’était la leur envers lui. Après cette conférence mystérieuse, les Colonna s’étaient mis en armes dans le sud de l’état pontifical, où se trouvaient la plupart de leurs possessions. Il s’étaient même emparés d’Anagni, et ils inquiétaient jusque dans Rome le pape, qui était obligé d’y tenir une petite armée pour se défendre contre une attaque dont il était menacé de leur part. La guerre que poursuivait Clément VII en Lombardie, où il entretenait des forces considérables, sur les côtes de Gênes, où il payait la flotte d’André Doria, en Toscane, où il avait envoyé devant Sienne des troupes qui s’étaient fait battre et avaient perdu leur artillerie, cette guerre, coûteuse et pleine de périls, qui le réduisait de plus à avoir beaucoup de gens soldés dans les états de l’église pour s’y garantir des agressions du parti impérial, était au-dessus de ses ressources, et il ne pouvait pas la continuer sur tous les points. Il se prêta donc avec une imprudente facilité à un arrangement que lui proposèrent les Colonna, et qui sembla devoir accroître sa sécurité en diminuant ses dépenses. Vespasiano Colonna, fils de Prospéra Colonna, et en qui Clément VII avait beaucoup de confiance, vint à Rome négocier, au nom de toute sa famille, une paix qui fut conclue le 22 août [1]. Toutes les injures de part et d’autre étaient oubliées ; le pape révoquait le monitoire qu’il avait lancé contre le cardinal Pompeio Colonna, et les Colonna évacuaient Anagni, dont ils s’étaient rendus maîtres. Ils devaient renvoyer leurs troupes dans le royaume de Naples, et, s’ils entraient au service de l’empereur contre le pape, ils étaient tenus de renoncer préalablement aux seigneuries qu’ils avaient dans les états de l’église comme feudataires du saint-siège. Sur la foi de cet accord [2], qui cachait un piège, le pape désarma ; il licencia les troupes qu’il entretenait pour sa défense ou les envoya au siège de Gênes, mit deux ou trois cents hommes dans Anagni, qui lui fut restitué, et en garda à peine le même nombre dans Rome. Il se croyait en sûreté, et il s’applaudissait de s’être débarrassé de quelques-unes des charges qui pesaient sur lui ; c’était précisément ce qu’avaient voulu les Colonna et don Ugo.

Moins d’un mois après cette paix trompeuse, lorsqu’ils surent que Clément VII, démuni de ses troupes, restait sans défense dans

  1. Guicc, lib. XVII.
  2. Cet accord fut négocié par don Ugo de Moncada, comme il l’annonçait lui-même dans une lettre écrite au marquis del Guasto, lettre dont le duc de Bourbon, qui ignorait le but de cet arrangement, envoya le double à l’empereur en lui disant : « Vous verres que le dict don Hugues a faict l’appointement du pape et des Colonnoys, laquelle chose si elle est bonne ou mauvaise pour vostre affaire de deçà, je le laisse considérer vostre majesté. J’ay heu advis d’aultre part que les gens du pape qui estoient pour résister aux Colonnoys sont partis pour venir au siège de Gènes. » Charles de Bourbon à l’empereur, 8 septembre 1526. Archives impériales et royales de Vienne.