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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/357

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la flotte espagnole, un moment dispersée, alla relâcher au port de San-Stephano, en Toscane. Elle n’y resta pas longtemps de peur d’y être attaquée par le redoutable Génois, qui la suivait de près, et qui y arriva le lendemain du jour où elle en était partie. De San-Stephano le prudent Lannoy avait gagné en toute hâte le port de Gaëte, où le 1er décembre 1526 il débarqua, sans être inquiété, les troupes que l’empereur envoyait dans le royaume de Naples [1].

L’armée allemande qui devait venir renforcer les impériaux dans la Haute-Italie fut prête vers le même temps. Le duc de Bourbon, toujours enfermé dans Milan, d’où il demandait à être dégagé pour entrer en campagne, pressait vivement la venue de Frondsberg. Il écrivait à Charles-Quint avec sa jactance accoutumée : « Quand ce secours arrivera, j’espère, avec l’aide de Dieu, ôter à vos ennemis la fantaisie de faire la guerre à votre majesté et vous acquérir telle victoire que ce sera perpétuel establissement pour vos estats [2]. » Aux 50,000 ducats [3] que l’empereur avait fait remettre par la voie de Flandre à Frondsberg, afin qu’il opérât au plus vite cette levée, Bourbon en avait ajouté 36,000 [4], qu’il avait dépêchés par les Alpes du Tyrol à ce chef de guerre heureux et renommé, sous lequel les Allemands s’enrôlaient avec confiance, mais non sans recevoir, de l’argent. Bien que l’Allemagne fût exposée à une invasion des Turcs après la récente bataille de Mohacz, où le roi Louis de Hongrie avait été tué et où avait péri la fleur de ses troupes, Frondsberg eut bientôt sous ses enseignes de 12 à 13,000 vaillans lansquenets [5]. Il se mit en marche vers la fin d’octobre et arriva dans les Alpes au commencement de novembre. Il trouva ces montagnes déjà couvertes de neige, s’y fraya un pénible passage, descendit par le Val-di-Sabbio, longea la partie occidentale du lac de Garda, et parvint dans les états du marquis de Mantoue, qui gardait la neutralité entre le saint-siège, dont il était le gonfalonier, et l’empire, dont il était le feudataire. Arrivé là le 20 novembre, il restait

  1. Mémoire de Lannoy a l’empereur sur ce qu’il a fait depuis son départ de Carthagène jusqu’après la prise de Rome, daté du 17 mai 1527. — Lanz, t. 1er, p. 693-706.
  2. Lettre du duc de Bourbon à l’empereur du 6 octobre 1526. — Archives impériales et royales de Vienne.
  3. Lettre de l’empereur au duc de Bourbon, du 8 octobre 1526. Ibid.
  4. « Messire George me faict entendre que, pour recouvrer le dit secours, il faut que j’envoye XXXVI mil escus du change qu’il a pieu à Vre majesté de m’envoyer dernièrement, que m’est un gros fais. Toutesfois… pour vous acquérir honneur et empêcher vos ennemys vous faire dommaige, j’ay envoyé au dict messire George la dite somme. » Charles de Bourbon à l’empereur, le 6 octobre 1526. — Archives impériales et royales de Vienne.
  5. « Présentement j’ay eu lettres de messire George par lesquelles il m’escrit qu’il m’ameyne douze ou treize mil lansquenet, » Lettre de Charles de Bourbon à l’empereur, du 29 octobre 1526. — Archives impériales et royales de Vienne.