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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/349

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Dans mes conversations avec les plongeurs, je cherchais surtout à savoir d’eux ce qu’ils voient de la nature au fond de la mer ; mais c’est le sujet sur lequel il est le plus difficile de les faire parler Après tout, ces ouvriers de l’océan ne sont pas des artistes ils se montrent beaucoup moins préoccupés des traits extérieurs du milieu où ils descendent que soucieux de remplir leur tâche avec honneur A force de recueillir et de comparer leurs renseignemens, je crois pourtant être à même de donner quelque idée de la physionomie des lieux où ils passent une grande partie de leur existence. Il est aujourd’hui bien reconnu que le lit de la mer n’est qu’un prolongement des côtes ; les mêmes rochers, les mêmes terrains géologiques se continuent sous l’eau en s’abaissant et en formant des angles, des zigzags ou des ondulations parallèles. Ce grand abîme peut bien être une cicatrice creusée entre les continens ; ce n’est point du tout une lacune. La masse des eaux constitue de son côté une autre atmosphère, de même que la nôtre, l’air, est un océan sans rivage. Elle a ses saisons, ses aurores boréales produites par des millions d’étincelles vivantes, sa flore et sa faune particulières Il existe de véritables paysages sous-marins. La surface du lit de l’océan est presque aussi inégale que la terre ; elle forme des collines, des vallées, des plateaux, et d’immenses plaines de sable La végétation y est abondante, et la vie y pullule. Les plongeurs de Whitstable se plaignent amèrement du temps qu’ils passent à couper les grands roseaux avec la hache et à nettoyer d’herbes aquatiques le champ du naufrage avant de commencer les travaux. Sous ces touffes de plantes, ils rencontrent quelquefois de monstrueuses anguilles de mer. Un diver comparait le lit de l’océan à un jardin de sable planté d’arbrisseaux dont les poissons venaient cueillir avec la bouche l’extrémité des branches. Ce sont les oiseaux de ces bosquets silencieux. Dans nos climats, de tels arbustes sont généralement d’une très petite taille, mais on assure qu’il existe dans le golfe du Mexique de hautes forêts sous-marines. La couleur du feuillage varie aussi beaucoup selon les latitudes ; ainsi que les plantes terrestres, celles qui vivent sous l’eau empruntent tout leur éclat à la puissance radieuse du soleil. Dans les mers tropicales, les plongeurs anglais ont trouvé de larges feuilles d’une teinte écarlate qui n’avaient rien à envier aux plus belles familles végétales, des forêts vierges. Sur les côtes mêmes de la Grande-Bretagne, plus d’un diver déclare que, quand il travaille dans une eau salée bien claire par un beau jour d’été, un spectacle tout à fait imposant se déroule pour lui au fond de l’océan. Les divers roseaux qui croissent sur les rochers ont des formes charmantes, et quand il lève les yeux vers la surface il aperçoit au-dessus de sa tête le bateau flottant d’où descend le tube à air qui semble lui envoyer des nouvelles du monde extérieur. Il