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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/346

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Il est naturel de se demander comment sont généralement conduites en Angleterre ces entreprises où l’on se propose de reconquérir des richesses perdues. Quand un navire a été submergé, une des grandes sociétés d’assurances maritimes, par exemple la Lloyd’s Society, fait explorer pour son propre compte le théâtre du sinistre et retirer par deux ou trois plongeurs du fond de la mer le plus gros du butin. Le champ du naufrage, pool, est ensuite vendu à une compagnie qui glane à ses risques et périls dans cette moisson des tempêtes. C’est ainsi que la partie des eaux dans laquelle le Royal-Charter avait sombré fut vendue, il y a quelques années, en 1863, pour une somme de 1,000 liv. sterl. (25,000 fr.). La spéculation fut excellente ; les ouvriers recouvrèrent à plusieurs reprises des sommes considérables, une barre d’or pur pesant neuf livres et demie, et enfin un jour (heureux jour !) un coffre contenant à lui seul 3,000 liv. sterl. (75,000 fr.). Ce chantier de travail sous-marin est une sorte de loterie où chacun des plongeurs cherche à gagner le gros lingot d’or. Lorsque le navire s’est englouti dans un lit sablonneux, il peut se conserver plus ou moins intact pendant quelque temps. La lumière dépend beaucoup de la profondeur et de la nature des eaux, mais en général cette clarté crépusculaire suffit bien à diriger les mouvemens des plongeurs autour du bâtiment coulé à fond. Il n’en est plus du tout de même lorsque, montés sur le pont, ces intrépides chercheurs veulent se frayer un chemin vers les principales cabines ; là tout est noir, horrible, désolé : il leur faut marcher à tâtons, comme des aveugles. Dans les grands vaisseaux où les escaliers sont raides et profonds, où les cabines s’étendent dans de longs corridors sombres, le danger est que le plongeur n’entortille son tube à air autour de quelque objet malencontreux et ne suspende ainsi pour lui-même la source de la vie. Comment surtout retrouver son chemin dans cette nuit pour revenir sans encombre à la lumière ? Il se peut que le plongeur ait saisi dans un coin mystérieux la précieuse cassette, il la tient tout triomphant dans ses bras ; mais à quoi bon, s’il n’est point à même de découvrir l’escalier par lequel il est descendu ? Des masses froides, informes, ténébreuses, flottent autour de son casque ; ce sont les cadavres des noyés. Est-il assez heureux pour se dégager de ces obstacles et pour reconnaître sa route, il envoie à la surface le trésor qu’il vient de trouver, puis retourne chercher fortune dans les flancs caverneux du navire. Le