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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/329

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l’atmosphère de la cloche, à forme de cône tronqué, étant condensée par une colonne d’eau de trente pieds de hauteur, contenait près de deux fois la quantité d’air que renfermerait tout autre vaisseau du même volume. Les poumons du plongeur, véritables éponges à air, étaient dès lors saturés de fluide respirable au moment où il avait quitté la machine : ne devaient-ils pas mettre plus de temps à épuiser leur double provision ? D’un autre côté, la cloche serait-elle appelée à jeter quelque nouvelle lumière sur la physiologie d’une des principales fonctions de la vie animale ? Un tel fait du moins semblerait l’indiquer.

De toutes les entreprises poursuivies dans le lit des fleuves et de l’océan, une de celles qui demandent le plus d’audace et à laquelle s’appliqua souvent la diving-bell, c’est la destruction des rochers sous-marins. Plymouth étant une ville particulièrement favorable aux grands travaux d’architecture, je ne crois pas qu’il y ait un endroit au monde où l’homme fasse à la pierre une guerre plus acharnée. Je me souviens d’une masse de calcaire grossier qui fait face à la mer, et qui, minée par la base, éventrée de bas en haut, présente aujourd’hui l’aspect d’une carrière en pleine activité. Ce rocher en lambeaux est couronné d’un groupe de pauvres maisons où demeurent les familles des carriers, et qui s’obstinent à rester debout sur une base chancelante. A chaque instant, la mine éclate ; des explosions de poudre à canon rongent les flancs de la masse ébranlée ; des éclats de roche volent jusqu’aux cottages et brisent les carreaux des fenêtres. On ne s’inquiète guère de tels accidens : ces maisons offrent tant d’autres avantages ! Les locataires ne paient que dix-huit deniers de loyer par semaine ; ils reçoivent pour rien de l’eau pure et excellente, et puis la vue sur la mer est si belle ! Il est curieux de voir ces ouvriers ruinant ainsi de jour en jour les fondemens de leur habitation, d’où ils craignent tant d’être chassés. Non content d’attaquer la pierre à la surface du sol, on la poursuit jusque dans la mer. Pour cela, il faut naturellement employer des plongeurs. La cloche descend chargée de trois hommes, dont l’un tient à la main la sonde destinée à perforer les roches, tandis que les deux autres sont armés d’un marteau. Lorsque le premier de ces plongeurs a percé un trou dans le rocher à la profondeur voulue, il y introduit une cartouche en fer-blanc remplie de poudre et ayant deux pouces de diamètre, sur un pied de long, puis il la recouvre de sable. Au bout de cette cartouche est soudé un tuyau également en fer-blanc et muni d’un écrou de cuivre à l’extrémité. La cloche remonte lentement ; l’ouvrier ajoute successivement d’autres morceaux de tube qu’il visse l’un après l’autre jusqu’à ce que l’ensemble s’élève à environ deux pieds au-dessus de la surface de l’eau.