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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/26

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Espagnols [1] ! » Don Ugo de Moncada eut plusieurs audiences du pape. Il n’oublia rien de ce qui pouvait ou le ramener à Charles-Quint en le satisfaisant, ou le détacher de la ligue en l’effrayant. Il offrit, au nom de l’empereur, de rétablir Francesco Sforza dans son duché en observant certaines formalités d’une justice qui n’aurait rien d’incertain, puisqu’il proposait de la faire rendre non plus par le protonotaire Carraciolo, qui était sujet de l’empereur comme Napolitain, mais par un des nonces du pape. Clément VII lui répondit qu’il ne pouvait rien accepter que d’accord avec ses alliés. Alors don Ugo lui fit envisager les suites de son refus : il lui dit « qu’en acceptant des propositions aussi avantageuses il avait à attendre les plus grands biens de la part de l’empereur, tandis qu’il serait déçu dans les espérances qu’il avait conçues du côté des rois de France et d’Angleterre, qui ne tiendraient aucune des promesses qu’ils lui avaient faites ; que la rupture tournerait à la fin tout à son détriment, à la ruine du siège apostolique et à la confusion de la république chrétienne, parce que la guerre ne se ferait pas seulement avec les armes contre sa sainteté, mais en employant tous les moyens qui conviendraient au bien et à la réformation de l’église ; qu’il pouvait en prévoir l’effet en considérant le péril de l’hérésie de Luther, les clameurs persistantes de l’Allemagne, qui demandait un concile et était réunie en diète à Spire, et l’ambition insatiable du cardinal d’Angleterre, qu’on ferait aisément concourir à tout ce qu’on voudrait en lui donnant la plus petite espérance du pontificat ; qu’il ne s’imaginât point que les menaces et les recours à la force décidassent l’empereur à prendre des résolutions contraires à sa réputation et à sa grandeur, en rendant les fils du roi très chrétien et en modifiant le traité conclu avec lui ; que sa majesté, plutôt que d’en venir là, perdrait tous ses royaumes pied à pied, et que tous ses serviteurs et sujets verseraient leur sang pour l’empêcher d’y être réduit [2]. »

Le pape fut un moment ébranlé. Après avoir entendu Moncada et avoir conféré avec l’archevêque de Capoue Schomberg, qui, originaire de l’empire, était tout dévoué à l’empereur, il retomba dans ses hésitations et fut rendu à sa timidité. Il parut même disposé à revenir sur ses pas, si on lui fournissait un bon moyen de le faire sans nuire à sa réputation ; mais les choses étaient trop

  1. « Desde baxar los montes hasta dentro de la casa del duque de Sesa donde me vine apear, me convino passar entre picas y escopetas con voz de que mueren los Espagnoles. » Dépêche du duc de Sessa et de Moncada à l’empereur, écrite de Rome le 24 juin. — Archives impériales et royales de Vienne.
  2. «… Antes se dispornia V. M. a perder todos sus estados y reynos palmo a palmo, con efusion de sangre de todos sus servidores y subditos, que por simil forma rreduzirse ha su voluntad. » Ibid.