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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/238

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longue traversée, ballottés sans cesse sur la même place, sans le mouvement et la variété d’aspect et de climat qui font oublier au marin la monotonie du bord.

Phares ou fanaux, feux fixes ou feux tournans, il y a deux cent soixante-quinze points de notre littoral où brillent chaque soir des signaux lumineux, sauvegarde du navigateur. Il serait trop long d’en faire ici l’émunération complète. Tout au plus est-il possible de montrer comment sont répartis les phares de premier ordre, ou phares de grand atterrage, qui grâce à l’éclat de leur lumière et à leur élévation entourent la France d’une ceinture lumineuse non interrompue. On se souviendra que la portée d’un phare de cet ordre varie de 18 à 27 milles, suivant la nature de l’appareil lenticulaire. Pour que les feux de deux phares voisins se croisent, autrement dit pour qu’il ne reste dans leur intervalle aucune partie de la côte sans lumière, ces deux phares doivent être distans de A 5 milles au plus, soit 83 kilomètres [1].

Dans la Manche d’abord, on trouve les trois phares de Dunkerque, de Calais et du cap Gris-Nez, dont les feux portent jusqu’aux côtes de l’Angleterre. Le premier est à éclipses de minute en minute, le second porte un feu fixe varié par des éclats de 4 en 4 minutes ; le troisième est à éclipses de 30 en 30 secondes. Il est impossible de les confondre. Entre les deux premiers il y a encore deux phares de troisième ordre, celui de Gravelines, qui est à feu fixe, et celui de Walde, qui est aussi fixe avec des éclats rouges. On serait donc tenté de croire qu’il y a là surabondance de feux, si l’on ne réfléchissait à la nécessité d’illuminer d’une façon exceptionnelle le détroit du Pas-de-Calais, où passent tant de navires. A l’ouest du cap Gris-Nez, la côte change brusquement de direction et s’étend en ligne droite du nord au sud sur une grande longueur. Comme il ne s’y trouve aucun grand port d’abri ou de commerce, on s’était longtemps dit que les navires n’avaient aucun intérêt à s’approcher du rivage, et qu’il était inutile de leur en indiquer la position. On a fini cependant par construire près d’Étaples, à l’embouchure de la Canche, deux phares dont les feux fixes sont associés, ce qui les distingue avec netteté des autres phares de cette région. Ensuite les feux de l’Ailly, près de Dieppe, de Fécamp et de la Hève, près du Havre, signalent les abords de trois grands ports et suffisent en même temps à l’éclairage de la côte de Normandie jusqu’à l’embouchure de la Seine. Au sommet des deux tours de la Hève, la lumière électrique resplendit de tout son éclat. Le lit de la Seine est

  1. En certains cas très rares, la conformation du littoral n’a pas permis de se tenir au-dessous de cette limite ; mais alors la partie de la côte que la lumière des grands phares n’atteint pas est couverte par un feu d’ordre inférieur.