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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/231

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pas facile à saisir ; elle sera mieux expliquée par analogie avec une expérience vulgaire. Si l’on essaie, au moyen d’un très petit miroir, de renvoyer un rayon de soleil sur un objet éloigné, on aura peine à réussir. Cet effet sera produit au contraire avec beaucoup de facilité, si l’on se sert d’une glace d’assez grande dimension. Ce jeu d’enfant montre, assez bien, si je ne me trompe, combien il est important que le faisceau lumineux émergeant de la lentille ne soit pas trop mince. Lorsqu’on voulut éclairer les phares au moyen de la lumière électrique, il fallut modifier le profil des appareils lenticulaires, de telle façon que les rayons ne fussent pas ramenés à un parallélisme trop parfait. Ce changement fut du reste moins grave qu’on eût pu le supposer, parce que les appareils propres à la lumière électrique exigent de moindres dimensions. Le tambour qui supporte les lentilles mesure 1m84 de diamètre dans les phares ordinaires de premier ordre ; avec l’électricité, il suffit de 30 centimètres.

Un autre inconvénient de l’électricité gît dans la complication des machines qui la produisent. La permanence de la lumière est d’une importance capitale, car l’extinction accidentelle d’un feu de phare pourrait mettre en perdition les navires qui dirigent leur route sur lui. Les lampes qui servent à l’éclairage maritime sont d’un usage éprouvé, d’ailleurs le gardien en a toujours une ou deux de rechange en cas d’accident imprévu. En se décidant à remplacer l’huile par l’électricité, les ingénieurs n’ont obtenu la même sécurité qu’en doublant tous les appareils. Il y a deux machines à vapeur, deux lampes électriques, deux appareils lenticulaires, et ces machines doubles se suppléent au besoin. Il en résulte sans doute une dépense d’installation plus considérable ; par compensation, ces deux machines, qui peuvent fonctionner ensemble, si elles sont l’une et l’autre en bon état, donnent la latitude d’allumer. deux feux lorsque l’horizon est couvert de brumes et d’accroître ainsi dans une certaine proportion l’intensité lumineuse et la portée du phare. La machine à vapeur supplémentaire servira en outre à mettre en jeu des instrumens sonores d’une grande puissance qui, en temps de brouillard très épais, préviendront les navires du voisinage d’un récif. Le prix de revient de l’éclairage électrique n’est guère plus élevé que celui de l’éclairage à l’huile ; moyennant un faible excédant de dépense, chaque phare dispose d’une puissance d’illumination plus considérable. Il est vu de plus loin, ce qui est un grand bien par les temps brumeux. Aussi les marins manifestent-ils eux-mêmes le désir que l’emploi de la lumière électrique soit généralisé. L’éclat de cette nouvelle lumière est même tel que les gardiens chargés de veiller à l’entretien des