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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/222

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Ainsi entre deux phares de premier ordre s’étend une baie plus ou moins ouverte dans laquelle les navires qui longent le littoral n’ont pas besoin de s’enfoncer. Les caboteurs ont la faculté de naviguer de nuit aussi bien que de jour, en se tenant à bonne distance de la côte ; mais ceux qui veulent gagner un port sont obligés de pénétrer dans cette première ligne de feux, et ils rencontrent alors les phares de second et de troisième ordre, d’une portée moindre, qui leur font éviter les caps secondaires, les écueils de la baie, les bancs de sable dont il est prudent qu’ils se tiennent éloignés. Lorsque l’embouchure d’un fleuve ou l’entrée d’un port n’est accessible, — c’est un cas très fréquent, — que par des passes assez étroites dont un pilote même ne saurait reconnaître la direction pendant la nuit, d’autres feux de même ordre sont placés dans l’alignement du chenal et montrent quelle route il faut tenir. C’est ainsi que l’entrée en Gironde se trouve signalée par onze feux de premier, de second et de troisième ordre, qui portent plus ou moins loin, selon qu’il a été reconnu nécessaire. Enfin, quand le navire est arrivé près du port qui est le but de son voyage, il aperçoit sur les jetées de simples fanaux, des feux de quatrième ordre d’une bien moindre puissance, qui le guident encore jusqu’à ce qu’il ait pénétré dans le chenal.

Ces différens feux, qui sont souvent rapprochés les uns des autres à tel point qu’on en voit plusieurs ensemble, doivent offrir, on le comprend, des caractères bien distincts, car le navigateur serait exposé à les confondre et à se mettre en perdition, surtout lorsqu’il arrive du large, et que, les nuages lui ayant caché la vue du » ciel depuis plusieurs jours, il n’a pu faire les observations nautiques qui rectifient sa route. Autrefois il eût été difficile de varier l’apparence des feux de phare ; on ne connaissait jusqu’à la fin du siècle dernier d’autre procédé d’éclairage à grande portée que des feux de bois sec ou de charbon de terre, et l’on ne savait en modifier l’aspect que par des verres colorés de diverses nuances, ce qui est un moyen très imparfait, parce que les brumes qui s’étendent au-dessus de la mer dénaturent souvent les couleurs. Le brouillard colore en général les feux d’une teinte plus ou moins rougeâtre et donne à une lumière blanche l’apparence d’une lumière colorée. D’ailleurs les verres colorés ont le grave inconvénient d’absorber une forte partie de la lumière qui les traverse ; ils enlèvent donc aux feux qu’ils recouvrent une fraction de leur intensité. Le progrès ne pouvait être réalisé que par des procédés nouveaux ; il fut une conséquence immédiate des appareils très perfectionnés qui ont été inventés depuis moins d’un siècle.

On commença par perfectionner la lampe. Ce modeste ustensile