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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/204

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autorisant exceptionnellement la vente des boqueteaux isolés et d’une garde difficile. Nous arrivons jusqu’en 1814 sans qu’on ait tenté aucune aliénation sérieuse de forêts. L’empire s’était écroulé laissant un déficit de 700 millions. L’armée étrangère avait épuisé le pays, les impôts ne rentraient pas, le trésor était vide. Le gouvernement n’hésita point à proposer à la chambre l’aliénation de 300,000 hectares de bois, et cette mesure fut votée malgré une opposition énergique. Dans un navire qui sombre, on jette à la mer jusqu’aux provisions de bouche, si par ce sacrifice on espère l’alléger. « La France doit, il faut qu’elle paie, » avait dit M. Pasquier, et l’argument était en effet sans réplique.

Cette aliénation fut interrompue en 1816 ; mais en 1817 une nouvelle loi affectait à la caisse d’amortissement tous les bois domaniaux à l’exception de la quantité nécessaire pour former un revenu net de 4 millions destinés à la dotation des établissemens ecclésiastiques. Il était stipulé toutefois que la caisse d’amortissement n’en pourrait vendre que jusqu’à concurrence de 150,000 hectares. La discussion qui eut lieu à cette occasion est très remarquable, et les discours de quelques députés, MM. Riboud, Falatieu, de Villefranche, jetèrent sur la question la plus vive lumière. L’étendue des forêts aliénées sous la restauration, tant en vertu de la loi de 1814 que de celle de 1817, s’est élevée à 168,827 hectares 41 centiares ; le prix obtenu a été de 119,669,925 francs, soit 708 francs 80 centimes par hectare.

Après la révolution de 1830, le nouveau gouvernement, vu avec défiance par les puissances étrangères, s’empressa de constituer l’armée, afin de pouvoir proclamer ouvertement et au besoin soutenir par les armes les principes qu’il représentait ; mais, le crédit étant ébranlé, il demanda à la chambre, pour faire face à ces dépenses, l’autorisation d’aliéner 300,000 hectares de bois de l’état. « Il ne s’agit de rien moins, disait le rapporteur, que de garantir nos frontières et d’assurer notre indépendance et nos libertés. » Mise en demeure d’opter entre la vente des forêts et le salut de l’état, la chambre ne put hésiter. La loi fut votée par 265 voix contre 73 ; mais la discussion fut vive. C’est alors que, pour la première fois, l’aliénation des forêts de l’état fut présentée comme un système, et que M. Laffitte, alors ministre, invoqua en sa faveur des argumens financiers dont ses successeurs ont depuis lors tant abusé. 285 forêts, d’une contenance totale de 118,167 hectares, furent vendues, de 1831 à 1835, au prix de 114,297,276 francs, c’est-à-dire de 967 fr. 20 c. par hectare. La crise de 1848 se passa sans porter atteinte à la propriété