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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/191

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la gentry, de cette classe qui vit sur ses terres, en dehors du commerce, de l’industrie, et même des professions libérales, qui exerce très peu de fonctions salariées, mais qui remplit presque toutes les fonctions gratuites dont le nombre en Angleterre est pour nous presque inimaginable. De ces 480 membres, nous en pourrions signaler plus de 90 qui servent ou qui ont servi dans l’armée, — une trentaine comptent encore sur les cadres, mais pour la plupart sont classés dans la réserve, — une soixantaine qui n’appartiennent plus à l’armée, ayant revendu les commissions qu’ils avaient achetées. Le nombre des députés de cette classe qui ont complété leurs études de droit et leur stage jusqu’à se faire inscrire, comme nous disions, sur le tableau des avocats, mais qui n’exercent pas ou n’exercent plus, dépasse le chiffre de 50. Les lettres sont représentées par au moins 50 écrivains qui ont publié des livres ou dirigé des journaux ; quant à ceux qui ont écrit dans la presse périodique sans en faire une occupation régulière, ils sont très difficiles à connaître, mais on peut être sûr qu’ils sont extrêmement nombreux.

La classe qui vient immédiatement après la gentry dans la nouvelle chambre des communes comme nombre et comme influence est celle des banquiers, directeurs d’usines, maîtres de forges, brasseurs, armateurs, ingénieurs, entrepreneurs de travaux publics, etc. On compte environ 110 membres appartenant à cette catégorie, dont six ont publié des livres traitant de matières relatives à leur profession ; presque tous sont députés des villes. Dans la représentation d’un pays qui est la plus grande puissance industrielle et commerciale du monde, ce ne paraîtra point sans doute une proportion exagérée pour la classe dont nous parlons que celle du sixième dans l’ensemble des élus. Au contraire on sera peut-être étonné de la faiblesse de ce chiffre ; mais ce qui surprendra bien plus encore, c’est que l’opinion générale semble trouver cette proportion excessive. Le Times, qui n’est pas autant qu’on le croit l’organe de la Cité de Londres, mais qui est certainement très sympathique à cette classe de la société, a plusieurs fois exprimé sur ce sujet d’assez vives doléances. Quel sentiment a pu les inspirer ? Ce n’est pas, qu’on en soit bien convaincu, une sorte de dédain aristocratique pour le négoce ou pour l’industrie ; un pareil sentiment, qui serait partout absurde, n’oserait même pas se laisser deviner en Angleterre, où l’éclat d’une grande carrière commerciale peut devenir un titre universellement reconnu pour entrer à la chambre des lords ou dans les rangs de la noblesse. C’est le sens pratique tout seul qui dans cette occasion guide les Anglais. Ils veulent que les affaires du parlement soient bien conduites ; or