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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/189

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honorifiques et cependant assez laborieuses, car elles impliquent une foule d’attributions en sus de celles que nous avons l’habitude de regarder comme appartenant à la commune, à l’arrondissement ou au département. Ainsi le temporel de l’église dépend presque autant des vestries ou conseils des paroisses que de l’autorité ecclésiastique. Or, sauf dans les grandes villes, il n’est guère que les propriétaires qui puissent se charger de ces fonctions, et le système serait presque impraticable, s’il n’existait pas dans chaque localité un certain nombre de familles qui, enracinées depuis longtemps au sol et y possédant des intérêts collectifs importans, sont habituées à se mêler des affaires publiques et à rivaliser d’efforts pour maintenir ou pour accroître l’influence et la considération que rapporte l’exercice des fonctions gratuites. Des propriétaires de passage, sans tradition et sans avenir, ne consentiraient pas à se donner autant de peines, ni à faire autant de sacrifices ; au lieu d’imiter les propriétaires anglais, qui ont leur domicile réel et habituel sur leurs terres, retenus qu’ils sont par leurs devoirs publics autant que par leurs goûts, ils feraient comme les propriétaires de nos provinces, qui vivent pendant six mois de l’année dans les villes, où ils dépensent les revenus que la terre a produits. On retomberait alors forcément dans le système des fonctionnaires salariés, qui sont plus ou moins étrangers aux intérêts des localités qu’ils administrent, mais qui du moins expédient les affaires avec assez d’exactitude pour que la machine ne s’arrête pas, qu’elle soit d’ailleurs bien ou mal conduite.

C’est cette classe de la société, — assez riche pour faire gratuitement les affaires publiques, qui donne ses fils à l’armée, à la marine, lesquelles n’offrent pas des professions lucratives, à l’église, où il n’y a de gros traitemens que parmi les hauts dignitaires, à la milice, aux volontaires, à la yeomanry, où le service ne rapporte rien, — c’est cette classe que l’on appelle la gentry, sorte d’intermédiaire entre la noblesse et la bourgeoisie, tenant à l’une et à l’autre par ses alliances et comptant pour le moins autant que l’une ou l’autre comme importance dans le pays. Si même on voulait examiner la question au point de vue de la politique pratique, on trouverait peut-être que la gentry pèse dans les destinées de la nation d’un poids plus considérable que la noblesse, qui est trop peu nombreuse pour exercer l’influence que parfois on lui attribue, qui possède légalement le droit de se perpétuer, mais qui n’est pas organisée pour la perpétuité. En Angleterre, le but de l’institution nobiliaire n’étant pas de créer une caste, mais de réunir dans un corps brillant toutes les gloires vivantes du pays, il arrive très souvent que ces généraux, ces amiraux, ces diplomates, dont la vie s’est dépensée sur tous les points du globe, ces hommes de loi qui,