Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/975

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Conduit par le propriétaire, il traversait une des chambres donnant sur la rue, lorsqu’un Mexicain vêtu d’habits bourgeois se précipita sur ses pas un revolver colt à la main, puis, lui barrant le passage, lui tira en pleine figure deux coups de pistolet, qui firent successivement long feu. L’officier de contre-guérillas, qui recueille ici ses souvenirs personnels était sans armes. A cette brusque attaque, jaloux de l’honneur de son uniforme, il s’avança sur son agresseur en lui disant : « Assassinez-moi, si vous l’osez. » A ces mots, un second Mexicain, en tenue militaire, tira son sabre et porta un coup de pointe, heureusement paré par un jeune maréchal-des-logis, nommé Bruneau, qui accompagnait son capitaine d’escadron, et qui s’était bravement jeté en avant pour le couvrir. Sur l’appel des deux agresseurs, comme par enchantement, 12 soldats, baïonnette au canon, firent irruption dans la chambre où ils retinrent prisonnier l’officier français. En un clin d’œil, un bataillon entier, le fusil amorcé, se forma en bataille dans la rue, devant la demeure du négociant Iguera. Le jeune sous-officier put s’échapper pour porter avis au colonel Du Pin. Le premier agresseur, c’était le colonel don Mariano Larumbide, chef d’état-major du général Mejia ; le Mexicain qui avait tiré le sabre était le commandant de l’artillerie de sa division.

A peine les cavaliers de la contre-guérilla eurent-ils appris cette tentative de meurtre qu’ils accoururent le sabre à la main pour dégager leur chef. Heureusement l’arrivée du colonel Du Pin calma une effervescence déjà menaçante ; le général Mejia, suivi lui-même de son état-major, l’accompagnait. Il fut hautement constaté, d’après les propres déclarations de don Iguera, qui, malgré sa nationalité, eut le courage de rendre hommage à la vérité, que le colonel Larumbide, sans provocation aucune, avait attaqué l’officier français. Le général Mejia prononça un mois d’arrêts forcés, qui furent levés sur la prière du colonel Du Pin, car une punition disciplinaire était illusoire pour un attentat de cette nature ; d’ailleurs la satisfaction donnée en présence de tous avait été assez humiliante pour les coupables en raison de leur grade. L’émotion causée par cet incident avait été vive, même dans l’armée mexicaine, où une grande partie des chefs avait énergiquement réprouvé un pareil acte. Dans la crainte d’un conflit, toutes les troupes furent consignées à leurs quartiers respectifs. Des précautions plus grandes encore furent prises, car certains renseignemens trop justifiés plus tard par les événemens prouvaient que la scène accomplie le matin était préméditée, et qu’on cherchait déjà au sein du corps d’armée impérialiste le prétexte d’un pronunciamiento militaire fomenté par les excitations juaristes, et qui eût pu réussir, si le sang avait coulé. Dans ce cas, la contre-guérilla eût péri sous le nombre et