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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/867

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faveur. Charles-Quint refusa encore. Il était résolu à ne pas délivrer le roi avant d’avoir le duché entre ses mains, et il n’admettait point que le parlement de Paris siégeant par la grâce et sous l’autorité du roi, et les pairs du royaume placés dans sa dépendance, pussent être des juges impartiaux et équitables. Il consentit toutefois à faire décider le différend par des arbitres nommés de part et d’autre. La duchesse d’Alençon ne rejeta point cette proposition, qu’elle communiqua aux commissaires français, qui ne furent pas d’avis de l’accepter. Ils trouvèrent avec raison que soumettre le droit de la France à un arbitrage, c’était l’infirmer et même l’exposer. Ils décidèrent la duchesse à retirer son adhésion, au grand contentement de l’empereur, qui, de son côté, était fâché d’avoir donné la sienne. Afin d’accorder à Charles-Quint, sinon le pays qu’il revendiquait, du moins le titre auquel il semblait tenir, la duchesse d’Alençon lui offrit la vicomté d’Auxonne, qui serait réunie à la comté de Bourgogne, érigée en duché ; mais l’empereur rejeta bien loin une offre qu’il traita de dérisoire [1]. Il se croyait assuré de reprendre le duché de Bourgogne ou de garder son prisonnier, d’affaiblir la France par l’amoindrissement de son territoire ou par la captivité prolongée de son roi.

Après plusieurs entretiens de Marguerite de Valois et de Charles-Quint, après de nouvelles conférences entre les commissaires français et les commissaires impériaux, il fut convenu de mettre par écrit les articles proposés de part et d’autre. L’empereur regarda comme insuffisans ceux qui furent présentés au nom de François Ier et qui renfermaient les offres précédemment faites et refusées. Les siens contenaient des conditions toujours aussi excessives. Charles-Quint acceptait la renonciation de François Ier au royaume de Naples, au duché de Milan, au comté d’Asti, à la seigneurie de Gênes, ce qui le rendait maître de l’Italie, laissée sous sa domination ou son influence. Il obtenait que la Flandre avec Tournay, Mortagne, Saint-Amand, et l’Artois, accru de la ville de Hesdin, et dont la frontière cesserait d’être menacée par les fortifications renversées de Thérouanne, fussent dégagés du lien féodal qui les attachait à la couronne de France. Non-seulement il entrait ainsi dans la pleine souveraineté des Pays-Bas tout entiers, mais il prétendait les étendre jusqu’à la rivière de Somme en revendiquant de plus les villes de Roye, de Montdidier, etc., autrefois cédées à un des ducs ses ancêtres et légitimement revenues au royaume. Il persistait dans sa première et invariable prétention aux vastes domaines repris par Louis XI à son aïeule, qui n’avait pas eu droit

  1. « C’est plus tost moquerie que aultre chose. » — Archives, etc.