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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/845

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et chargé, comme à Boston, de diriger l’instruction de la ville. M. Shippen, qui appartient à l’une des plus anciennes familles de Philadelphie, n’a pas dédaigné de briguer la faveur populaire pour avoir le droit de servir ses concitoyens. Il me disait lui-même que le système de l’élection directe et populaire, qui partout ailleurs qu’en Amérique serait regardé comme une folie, donne ici les résultats les plus heureux et les choix les plus sages. Dans ce pays où les haines sociales ne rendent pas les classes riches et éclairées suspectes à la démocratie, le peuple sent bien que l’éducation publique est pour lui la grande affaire, le vrai moyen de s’élever en influence et en dignité, et il en confie la direction aux plus capables sans acception d’opinions ni de personnes.

Le premier district scolaire de Pensylvanie, comprenant la cité de Philadelphie, est divisé en vingt-cinq sections, qui nomment chacune un délégué à l’assemblée générale. Le board of controllers, issu de cette élection, nomme à son tour un bureau, composé d’un président, d’un secrétaire, d’un aide-secrétaire et d’un messager, qui forment pour ainsi dire le gouvernement de cette petite république. Il organise en outre dix comités exécutifs spéciaux, dont le président du board fait toujours partie de droit, et qui partagent avec lui les soins de l’administration. Cependant il y a aussi dans chacune des vingt-cinq sections un board de douze membres élus par le peuple, et ces assemblées locales sont en quelque sorte les conseils départementaux de l’instruction publique, siégeant sous la dépendance et sous la direction du conseil central. Celui-ci fixe leurs attributions, limite leurs pouvoirs, contrôle leurs dépenses, exerce sur eux un droit de surveillance et de tutelle et se réserve même absolument la décision de toutes les affaires d’intérêt purement général. Il ne peut cependant voter aucune dépense si ce n’est sur l’avis et en confirmation du vote des boards particuliers des sections, à moins qu’il ne s’agisse de l’école supérieure, sur laquelle. il a plein pouvoir, ou de dépenses extraordinaires votées en dehors des services réguliers. Vous le voyez, c’est un véritable gouvernement fédératif et parlementaire, taillé sur le modèle du gouvernement des États-Unis.

Toute cette organisation républicaine ressemble beaucoup à celle que nous avons déjà vue à Boston. L’enseignement y est à peu près le même, et les écoles s’y divisent aussi en plusieurs degrés où l’on ne s’élève que par ordre de mérite et après des examens successifs. Seulement, aux trois ordres que déjà nous connaissons, — l’école primaire, l’école de grammaire, l’école supérieure, — la municipalité de Philadelphie ajoute l’école secondaire, intermédiaire utile entre les humbles commencemens de l’école primaire et les études déjà sérieuses de la grammar-school. Les bons élèves