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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/815

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pereur se plaint, de l’impatience de certains esprits inquiets qui, « sous le prétexte de hâter la marche libérale du gouvernement, voudraient l’empêcher de marcher en lui étant toute force et toute initiative. » Nous ne savons point à quelles inquiétudes intellectuelles s’est adressé l’empereur. Nous croyons qu’il y aurait bien du chemin à faire pour ôter au pouvoir en France toute force et toute initiative, et que sur la route, des esprits, non point inquiets, mais fort modérés, n’auraient pas de peine à trouver place à un reposoir où, tout en laissant au pouvoir une grande initiative, il serait possible de rendre une saine et digne spontanéité à un grand nombre d’intérêts politiques et de forces sociales qui en sont aujourd’hui dépourvus. On pourrait citer à l’appui de cette opinion l’exemple aimé de l’empereur, celui des États-Unis. Le président de l’Union a certes une initiative qui lui crée parfois une puissance égale à celle d’un dictateur ; mais le congrès dans sa sphère législative jouit, lui aussi, d’une initiative semblable, qui domine le président lui-même et qui fait défaut à notre corps législatif. Sur la question de l’opportunité des améliorations constitutionnelles, la pensée de l’empereur n’est point encourageante. « Ces modifications, dit-il, résulteront de l’apaisement des passions et non de modifications intempestives dans nos lois fondamentales. » Les passions ne sont-elles point assez apaisées ? Les ardeurs et les élans de la passion sont-ils le mal moral de la société contemporaine ? Ne semble-t-il pas au contraire que notre société fatiguée aurait besoin d’être rafraîchie par des courans nouveaux ? Ne semble-t-elle pas demander du mouvement et de l’air ? Quant à nous, nous ne pensons point que le moment soit bien choisi pour protester contre le développement de l’initiative politique, lorsque nous nous trouvons au milieu des difficultés de l’affaire mexicaine, dont la responsabilité ne saurait être imputée à la volonté mobile d’un ministre parlementaire ou d’un parti chimérique et turbulent. Au surplus, le discours impérial est le programme naturel des débats de l’adresse. En parlant avec une gravité sévère du progrès public, l’empereur a indiqué lui-même le thème des améliorations politiques aux discussions de nos chambres ; il a interrogé l’opinion. Des voix éloquentes, nous n’en doutons point, répondront avec élévation et modération à cet austère appel.

L’intermède du pronunciamento du général Prim s’est terminé de la façon qu’on avait prévue, il n’y a pas eu de rencontre entre la petite troupe insurgée et les corps qui la poursuivaient. Il est évident que le maréchal O’Donnell ne se souciait pas d’avoir Prim pour prisonnier, et qu’il lui a suffi de reconduire en le rejetant vers la frontière portugaise. Du côté, de la Catalogne, on n’a pu éviter tout à fait l’effusion du sang ; quelques bandes ont escarmouche avec la troupe, mais se sont promptement dispersées. L’ordre matériel est donc rétabli en Espagne. Il faudrait s’en réjouir tout à fait, si l’on pouvait en dire autant de l’ordre moral. La capacité personnelle et l’autorité militaire du maréchal O’Donnell ont réussi à comprimer une explosion d’anarchie ; ce maréchal se trouve encore une fois maître