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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/764

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presse qui enrôle les paysans pour le service militaire, était toujours en vigueur chez les libéraux, dont les troupes s’élançaient de Vittoria pour courir sus aux convois du commerce montans et descendans. Quant à ses projets sur Tampico, Cortina y avait renoncé pour le moment d’après les conseils de Carbajal.

Pour assurer la liberté d’action de la contre-guérilla française, destinée à une mobilité constante, le général en chef décida la création d’une nouvelle contre-guérilla purement mexicaine, formée sur le modèle de son aînée, appelée à coopérer avec elle selon les besoins du moment et à garder seule plus tard le port de Tampico dès que les circonstances politiques permettraient de confier des postes sérieux aux troupes du nouvel empire. Le commandement, qui restait subordonné au colonel français, en fut confié au colonel Prieto. Ce vieux soldat, qui depuis vingt-huit ans fait le coup de fusil en montagne comme en plaine, qui a été de toutes les déroutes et de toutes les victoires de l’armée dite régulière depuis le commandement du fameux Santa-Anna, l’ancien président de la république, a réellement gagné ses grades au feu. C’est une rare exception dans un pays où le premier bandit venu, moyennant une paire de grosses épaulettes et un revolver, s’il est appuyé d’une poignée de coquins, se fait reconnaître général. Malheureusement sous l’enveloppe du vieux soldat se retrouve le lansquenet. Indien d’origine, de taille athlétique, aux mœurs rudes, brave à l’heure du danger, couvert de cicatrices, Prieto fréquente aussi bien les leperos (hommes du bas peuple) que les caballeros. Quelques minutes après sa sortie d’un salon officiel où il s’est présenté en grande tenue, on le retrouve dans une tienda, le verre de mescal (anisette du pays) à la main, jouant en compagnie de ses propres soldats.

Les engagemens pour la nouvelle contre-guérilla mexicaine ne se firent pas attendre. Une solde élevée, quoique inférieure de 10 piastres à celle de la contre-guérilla française, hâta le développement de cette force indigène, qu’une création nouvelle ne tardait point à compléter. Le Panuco et le Tamesis sont deux artères navigables à plus de cent cinquante milles au-dessus de Tampico. Être maître du parcours de ces deux fleuves, c’est dominer militairement les localités environnantes qui se sont groupées le long de leurs rives. Une canonnière eût couru des risques sur ces deux rivières, dont le lit cache dans ses profondeurs des barrages imprévus, formés par les énormes troncs d’arbres que charrient les crues de l’hivernage. Un petit vapeur à aubes, d’un faible tirant d’eau, solidement construit, sur le type des bateaux qui sillonnent le Mississipi, était appelé cependant à faciliter les opérations militaires, dont le secret était trop souvent éventé par les espions qui