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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/762

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réputation de solidité était bien connue dans le pays. Grâce à la malveillance, un instant le bruit avait couru que les armes de Carbajal l’avaient emporté. L’illusion n’était plus possible. Jusqu’à cette époque, certains salons de Tampico étaient restés fermés ; ils s’ouvrirent pour recevoir les officiers français. Cette prévenance fut un indice certain de la réaction : la confiance renaissait. Quelques habitans osèrent se compromettre à moitié ; des révélations importantes sur les menées des partis et des chefs les plus turbulens furent faites, avec quelques réticences pourtant, au commandant de la place chargé de la sécurité publique. Peu à peu nous eûmes des intelligences dans le camp ennemi. C’était un grand pas de fait pour la réussite des opérations futures, car la guerre de partisans est impossible, si l’on manque de renseignemens précis et rapides.

Pendant le combat du 18 avril, le commandant indien Pavon, qui prenait le titre de général et dont les troupes étaient engagées à San-Antonio, s’était tenu à l’écart dans un rancho voisin de la Huasteca. Il est rare que les chefs soient tous réunis à leurs troupes ; quelques-uns marchent toujours isolément. Une personne bien informée vint donner l’avis secret que Pavon était arrivé mystérieusement la dernière nuit à sa maison nommée las Milpas, située sur le Panuco, à dix lieues au-dessus de Tampico. Ce chef juariste exerçait une influence réelle sur une partie de la province, autant par ses relations de famille que par ses intrigues. Il y avait intérêt à s’assurer de sa personne. Dans la nuit, l’Emma, qui faisait le service du transport des marchandises depuis l’embouchure du fleuve jusqu’aux navires qui viennent s’ancrer devant la barre, chauffa à toute vapeur et remonta le Panuco chargé d’infanterie ; il remorquait sur un chaland un peloton de cavaliers. Malgré les précautions prises, le bruit du débarquement trahit la petite expédition. Pavon se gardait comme les Mexicains savent se garder : à l’arrivée du détachement, la maison de las Milpas était vide. Au matin, de la demeure du commandant il ne restait que des ruines fumantes. Cet incendie était contraire aux lois de la guerre. Pavon défendant sa cause les armes à la main, à ses risques et périls, n’était pas un brigand. Sa personne seule devait être en jeu. Un pareil procédé allait fournir des armes aux agitateurs : on dut le désavouer.

La ville de Panuco, baignée par le fleuve du même nom, est voisine de las Milpas. A la voix de Pavon, la population s’y souleva ; les fuyards de la Huasteca vinrent s’y rallier et grossir le nombre des insurgés. Quelques jours après, ces derniers campaient entre Panuco et Tampico, interceptant toutes les communications du fleuve et ravageant les bourgades voisines qui retombaient sous leur autorité. Le chef de la famille San-Pedro, riche propriétaire foncier de