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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/69

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Ivan III Vassilievitch (1462-1503), jusqu’à l’empereur Nicolas et à son successeur actuel. Les principautés tartares, auxquelles appartenaient les plus grands cours d’eau qu’elle possède aujourd’hui, furent détruites successivement et annexées. Celle qui tint le plus longtemps est le khanat de Crimée que Catherine II, secondée par Potemkin, arracha des mains débiles de son dernier souverain. La Russie compte parmi ses sujets actuels les descendans de ces terribles Mongols qui la dévastèrent au XIIIe siècle, et qui pendant une période de deux cents ans la tinrent sous le joug le plus dur et le plus humiliant. Deux de ses voisins musulmans, le sultan et le schah de Perse, sont encore debout comme les derniers représentans de l’antagonisme de l’islam contre le monde chrétien, mais dans un tel état d’affaiblissement et d’infériorité qu’aucun doute n’est possible sur le sort qu’ils auraient immédiatement, s’ils étaient livrés à sa discrétion. Tiflis, comme le dit M. de Fadeief dans un langage très significatif sous sa forme allégorique, Tiflis est un œil ouvert sur Ispahan ; il aurait pu ajouter sur Kars, Erzeroum et toute l’Asie-Mineure.

La conquête de la région caucasienne est la continuation logique et le développement du système d’agrandissement inauguré par Ivan III. Cette acquisition marquera-t-elle enfin un temps d’arrêt dans cette marche toujours envahissante ? Grave question qui intéresse l’équilibre du monde, et dont il est facile de comprendre toute la portée par un fait tout récent. La frontière russe a été reculée, il y a quelques mois, jusqu’au territoire de Khokand, et la navigation d’un grand fleuve, le Sir-Deria, qui se jette dans le lac d’Aral, rendue libre, ouvre l’accès de l’Asie centrale ; il n’y a plus que le Pendjab qui sépare la Russie de l’Inde britannique. Encore un pas de plus, et les deux maîtres souverains du continent asiatique vont se trouver en présence l’un de l’autre et leurs possessions se toucher. Le Caucase est l’anneau qui complète et consolide cette chaîne immense de frontières dont un bout plonge dans la mer Baltique et dont l’autre bout atteint, à travers la Sibérie et le territoire de l’Amour, jusqu’à la mer du Japon.

Je n’ai pas tout dit. Le Caucase est fécond en productions naturelles. Ces richesses du sol et celles de provenance étrangère, répandues par le commerce, avaient rendu florissantes dans l’antiquité les colonies grecques fondées sur la côte vers laquelle s’infléchit le versant méridional de la grande chaîne. Rome, à l’époque impériale, y eut aussi des comptoirs très fréquentés., Au moyen âge, c’est par là qu’arrivaient dans la Mer-Noire les précieuses marchandises de l’Inde et de la Chine, qui étaient ensuite exportées dans toute l’Europe par les Génois établis en Crimée. Ce commerce