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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/63

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De plus 170 familles choisies parmi les officiers cosaques, et un nombre indéterminé de colons volontaires (okhotniki), appartenant indistinctement à toutes les classes de la société, et en cas de besoin, et s’il y avait des terres vacantes, toute la division des Cosaques de la mer d’Azof.

Dans le projet primitif, tel qu’il est formulé par l’oukase de 1860. la colonisation avait été échelonnée sur un espace de six années ; mais le progrès des armes russes fut si rapide, l’affluence des immigrans si considérable, que ce délai s’est trouvé réduit de la moitié environ de la période dans laquelle il avait été limité. Vers le milieu de 1864, le Caucase occidental était déjà couvert d’un bout à l’autre de populations russes ou cosaques. Ce résultat inespéré ne paraîtra nullement étonnant, si l’on se rappelle le penchant des Russes pour la locomotion et le déplacement, penchant tellement irrésistible que le tsar Boris Godounof se vit obligé d’interdire aux paysans le passage continuel d’une terre seigneuriale à l’autre, et en les rivant ainsi à la glèbe constitua de fait le servage. Il y a dans le caractère russe quelque chose de si mobile, de si aventureux, un tel amour de la vie libre et errante, que rien ne l’attire avec un charme plus puissant que la perspective d’un pays nouveau et inconnu. Et pour employer l’expression pittoresque de l’écrivain qui nous sert ici d’autorité, le Russe qui le soir s’endort sur la lisière du steppe le lendemain matin se réveille Cosaque. Bien différent de l’Américain de race anglo-saxonne, qui aime à s’enfoncer solitaire dans les profondeurs du far west, il emporte partout où il va son humeur sociable ; il émigre par essaims, et en s’envolant au loin chaque essaim reste uni et serré, et partout où il se pose il conserve les habitudes et le souvenir de la ruche d’où il est sorti.

Mais le colon du Caucase par excellence, c’est le Cosaque, enfant du steppe, jadis nomade. Quoique dompté et assoupli aujourd’hui et rendu sédentaire, il n’a rien perdu des goûts de sa vie primitive. La fusion qui s’est opérée en lui des instincts qu’il tient de la nature et des aptitudes inoculées par l’éducation a produit un type auquel rien ne saurait être comparé. Les régimens cosaques ont été le noyau autour duquel se sont groupés les pionniers accourus au Caucase de toutes les parties de l’empire, et, pour continuer cet ordre de métaphores si heureusement employées par l’écrivain que je mentionnais tout à l’heure, ils ont été le levain qui a fait fermenter toutes ces masses, ils leur ont donné l’exemple et l’impulsion. Dans la guerre active, aucune des troupes de l’armée régulière n’aurait su, comme eux, lutter avec les montagnards de rapidité, de vigilance et de ruse. Dans leurs stanitzas, sentinelles avancées et toujours sur le qui-vive, ils ont