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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/599

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brigade, 3e division, 2e corps de l’armée du Potomac, une brigade exceptionnelle en nombre et dont le général parle avec fierté, car elle peut mettre environ 3,000 hommes en ligne de bataille. D’autres brigades, déduction faite des malades, des absens et des morts, comptent à peine 1,500 ou 1,600 hommes. Telles sont les armées vues de près, celles surtout qui, comme l’armée américaine, n’ont pas notre heureuse institution du bataillon de dépôt pour combler à mesure les vides de chaque régiment. Une armée est un gouffre où l’on jette les hommes par milliers, et d’où ils ressortent par centaines, si même ils en ressortent jamais.

La première brigade campe en dehors des lignes fortifiées de l’armée du Potomac, — sur un terrain récemment occupé et un peu moins désolé que dans le voisinage de City-Point. Le sol y est sec et solide, ce qui rend le campement plus commode et plus salubre. Les souches même des grands pins décapités n’ont point encore perdu leur écorce et leur sève, tandis que les herbes et les broussailles n’ont pas cessé de croître alentour. Le quartier-général est entouré d’une barrière de verdure faite des branches entrelacées des pins abattus ; un portique arrondi et décoré de guirlandes porte en lettres vertes les initiales du général. A l’intérieur, autour d’une petite place d’armes, sont rangées régulièrement les cabanes des officiers de l’état-major, couvertes de la toile de leurs tentes fixée aux pignons pointus. Un autre rideau de branchages percé de deux portes abrite les appartemens particuliers du général : ceux-ci se composent d’un corridor ou plutôt d’un trottoir de planches à ciel ouvert et de deux cabanes aussi coquettement arrangées que possible par la main rude, mais ingénieuse, d’architectes improvisés. La petite maison, à l’intérieur, est tendue de sacs d’avoine décousus et cloués aux murs. On a établi une sorte de parquet avec des planchettes dérobées à des caisses vides et artistement jointes sur un sol bien nivelé. L’âtre, pétri en terre glaise, où pétille un feu clair aux senteurs résineuses, a deux poutres vertes pour chambranles et une véritable cheminée, avec manteau raboté et tablette de bois de pin. La porte se compose de quatre ou cinq traverses et d’une toile tendue, le loquet d’une latte flexible et amincie. Le toit enfin est une tente de cotonnade clouée à la charpente. C’est là le salon, meublé d’une table de bois blanc, de trois chaises pliantes et d’une rangée de patères faisant portemanteaux. Quant à la chambre à coucher, qui s’ouvre au fond, c’est tout simplement une tente avec un petit poêle de fonte qu’on allume dans les nuits de grande gelée ; le lit, large d’un pied et demi, n’a que des sangles et des couvertures. Voilà le petit palais d’un soldat. L’autre cabane, pareille à la première, mais dépourvue de chaises, n’a qu’un lit de lattes, monté sur quatre pieds branlans : c’est le réduit réservé aux hôtes et aux « nobles étrangers. »