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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/576

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Beaurain à Pizzighetone, ni jusqu’aux offres dictées et remises par François Ier à don Ugo de Moncada. Il leur était défendu de consentir à aucune cession du territoire français, et ils devaient se borner à proposer une rançon en argent, ainsi que le double mariage du roi avec la reine Éléonore, sœur de Charles-Quint, et du dauphin avec l’infante Marie, sa nièce. Ils pouvaient renoncer successivement au royaume de Naples, au duché de Milan, à la seigneurie de Gênes, au comté d’Asti, à la ville de Hesdin, à celle de Tournay, à la suzeraineté de la Flandre et de l’Artois. En aucun cas, ils ne devaient accorder le duché de Bourgogne, qu’ils n’auraient pas plus voulu encourir la responsabilité de céder qu’ils ne reconnaissaient au roi le pouvoir de le détacher de la couronne.

Arrivés le 15 juillet à Tolède, les ambassadeurs de la régente eurent le 17 leur audience de l’empereur. Le premier président, Jean de Selve, adressa à Charles-Quint un long et pompeux discours dans lequel il lui cita tous les grands exemples de magnanimité en faisant un appel trop savant et assez inutile à la sienne. Il discuta les faits de l’histoire qui prouvaient l’annexion de la Bourgogne au domaine de France, et il exposa les lois du royaume qui n’en permettaient plus la séparation [1]. Charles-Quint répondit, sur le premier point, qu’il voulait user de libéralité envers le roi, puisqu’il n’entendait lui imposer aucune rançon, et qu’il « ne lui demandait que le sien, » et sur le second point, qu’il ne connaissait pas assez l’histoire et les lois pour en débattre l’exactitude et l’application [2]. Il dit aux ambassadeurs de France qu’il les renvoyait à cet égard aux gens de son conseil.

C’est sur le duché de Bourgogne et ses dépendances que le 20 juillet roula la discussion entre les délégués de l’empereur et les plénipotentiaires de la régente. Les premiers étaient : le grand chancelier de Charles-Quint, l’habile et opiniâtre Mercurino de Gattinara, qui avait la principale conduite des affaires de son maître et, plus qu’un autre, exerçait de l’influence sur ses résolutions ; son grand-chambellan, le comte Henri de Nassau ; le vice-roi de Naples, Lannoy, son grand-écuyer ; le gouverneur de Bresse, Gorrevod, son mayordomo mayor, le grand-commandeur de Santiago, le vieux Hernando de Vega, qui avait été un des fidèles serviteurs de son aïeul Ferdinand le Catholique, le seigneur du Rœulx Beaurain et le secrétaire d’état Jean Allemand. Les raisons historiques et légales données des deux parts à l’appui des prétentions qu’on voulait faire prévaloir furent exposées surtout par le grand-chancelier Gattinara et par le premier président de Selve.

  1. Ce discours est dans Captivité de François Ier.
  2. Lettre écrite de Tolède le 19 juillet 1525 à la duchesse d’Angoulême par l’archevêque d’Embrun et le premier président de Selve. — Captivité de François Ier, p. 255.