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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/574

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Charles-Quint, parvint à changer ses résolutions. Il lui fit entendre qu’il disposerait plus complètement de son prisonnier en Espagne qu’en Italie, et qu’en le rapprochant de lui il arriverait bien mieux à ses fins par un traité auquel le roi de France se montrait enclin que par une guerre que rendaient périlleuse le refroidissement de l’Angleterre et l’animosité de l’Italie. Après un peu d’incertitude, l’empereur se décida à reprendre les voies pacifiques. Il consentit à la trêve qui devait durer six mois, et il accorda le sauf-conduit pour la duchesse d’Alençon, en ayant soin d’avertir que, si elle n’arrivait pas avec le pouvoir de céder le duché de Bourgogne, il était inutile qu’elle vînt. Il se tut sur l’entrevue demandée par François Ier [1], bien résolu à ne voir le prisonnier qu’après que tout aurait été conclu avec le roi.

Mais, puisqu’il traitait de nouveau, il prit le parti d’établir François Ier dans le voisinage de Tolède, afin qu’il fût plus à sa portée, et que les négociateurs de la régente, qui arrivèrent vers ce temps à sa cour, pussent aisément communiquer avec lui. Il ordonna donc de le conduire au château de Madrid [2], situé à huit lieues de Tolède. Le commandeur Figueroa alla porter ses ordres à Alarcon, et l’empereur envoya l’évêque d’Avila au-devant du roi pour le complimenter de sa part. François Ier quitta assez joyeux Benisano le 20 juillet. Le gouverneur de Valence, le comte Abayda, le neveu du comte de la Oliva, beaucoup de seigneurs et de caballeros l’accompagnèrent jusqu’à Requena, où il trouva l’évêque d’Avila. A Santorcáz, il revit le vice-roi de Naples que l’empereur avait dépêché vers lui. Pendant les trois semaines qu’il mit à traverser l’Espagne, de Benisano à Madrid, son voyage fut d’un roi et non d’un prisonnier. A Guadalajara, il reçut du duc de l’Infantado, auquel cette ville appartenait, les plus magnifiques fêtes. Trois jours durant, ce grand seigneur le fit assister à des courses de taureaux, lui donna le spectacle de joutes et de tournois, lui offrit tous les divertissemens qu’on ne trouvait qu’à la cour des princes. De Guadalajara, François Ier vint à Alcala de Henarès. Toute la ville, ayant à sa tête la célèbre université d’Alcala, qui comptait onze mille étudians immatriculés, se porta à sa rencontre et lui fit une réception solennelle [3]Il arriva enfin le 17 août à Madrid, où l’attendait la plus longue et la plus pénible captivité.

  1. Négociation du seigneur de Montmorency, dans Captivité de François Ier, p. 238 et 241. — Lettre du 31 juillet 1525 de Charles V à l’archiduc Ferdinand, dans Lanz, t. Ier, p. 166.
  2. « Escrivio luego su magestad al señor Alarcon, ordenandose prosiguiesse el viage encaminandose à Madrid. » Commentarios de les hechos del señor Alarcon, f° 301, cot. 2.
  3. . Sur le voyage du roi, voir Commentarios de les hechos del señor Alarcon, f° 302 et 303 ; — lettres du bailli La Barre à la duchesse d’Alençon, et de Bryon à Mme d’Angoulême, dans Captivité de François Ier, p. 262, 263 ; — Sandoval, t. Ier, liv. XXIII, § 10.