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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/566

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session du dauphin. Ces combinaisons étaient singulières, et le roi croyait sans doute, en les proposant, que la cour des pairs n’attribuerait point une province apanagée au descendant d’une femme incapable, d’après la loi française, d’en être l’héritière, et que cette province ne sortirait pas de la maison de France.

Mais il renonçait pleinement au duché de Milan, à l’état de Gênes, au royaume de Naples, à la pension de 100,000 ducats et aux arrérages qui lui en étaient dus sur ce royaume, à la suzeraineté de la Flandre et de l’Artois ; il adhérait à la restitution de Hesdin et il abandonnait toute prétention sur Tournay. Lorsque l’empereur irait se faire couronner en Italie, ou lorsqu’il exécuterait quelque entreprise en Allemagne, François Ier consentait à fournir la moitié de l’armée et à payer la moitié de la dépense. Si l’entreprise était dirigée contre les Turcs, il y prendrait part avec le même contingent de troupes, qu’il entretiendrait de ses deniers et qu’il conduirait en personne. Se substituant à l’empereur dans les engagemens que l’empereur avait pris envers le roi d’Angleterre, il paierait à Henri VIII tout ce qui lui était dû. Il rendrait au duc de Bourbon ses états, ses pensions ; ses offices, c’est-à-dire de vastes provinces, des sommes considérables, les grandes charges de chambrier et de connétable, et de plus le gouvernement du Languedoc. Comme il demandait pour lui-même la sœur de Charles-Quint, promise au duc de Bourbon, il offrait de donner en mariage au duc de Bourbon la princesse Renée, fille de Louis XII. Il lui permettait même de poursuivre en justice le droit qu’il prétendait avoir sur le comté de Provence, et il annonçait le dessein de reconnaître ce rebelle, jusque-là détesté, comme son lieutenant-général, en le plaçant à la tête de l’armée qu’il enverrait au secours de l’empereur, s’il ne la commandait pas en personne [1].

Écrites sous la dictée de François Ier, en présence du vice-roi de Naples [2] , ces propositions devaient être portées à Charles-Quint par don Ugo de Moncada, prieur de Messine, qui commandait la flotte espagnole avant la bataille de Pavie, avait été fait prisonnier et venait d’être échangé avec le maréchal Anne de Montmorency. En les transmettant à l’empereur, Lannoy le suppliait de conclure une paix qui attacherait pour toujours à lui le roi de France [3]. Il

  1. Captivité de François Ier, p. 170-173, et State Papers, t. VI, p. 446-448.
  2. D’après la lettre des ambassadeurs anglais du 16 juin, elles furent écrites par Moncada en castillan, en présence de Lannoy, sur les offres de François Ier. Ms. cott. — Vespasien, C. III, p. 185 ; note 2 de la p. 445 du vol. VI des State Papers.
  3. « Le roy de Franse… désire fort la pes et que ce soit de sorte que peut demorai votre à james. » Lettre de Lannoy & l’empereur, le 27 avril. — Archives impériales et royales de Vienne.