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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/564

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messe finie, il sortit de la chapelle toujours accompagné d’Alarcon et de ses gardes ; toutefois le nonce put lui parler quelques instans sans témoins. François Ier ignorait encore le sort du corps d’armée qu’il avait envoyé vers le royaume de Naples ; il demanda vivement alors à l’évêque de Pistoja ce qu’était devenu le duc d’Albany. Le nonce lui raconta toutes les lenteurs apportées dans cette expédition, et il ajouta que le duc d’Albany avait sans doute remis à la voile et quitté l’Italie. En perdant cette dernière espérance d’une diversion, le roi resta quelque temps comme interdit, puis il s’écria en français : « Est-il possible ? » Il demanda des nouvelles de Jean de Médicis, qui avait reçu une grave blessure à son service quelques jours avant la bataille de Pavie. Le nonce lui répondit qu’il pourrait bientôt monter à cheval, en ajoutant que du reste tout était désespéré. Ces paroles émurent beaucoup le roi, et il dit qu’il ne fallait pas s’attendre à autre chose. Le nonce ajouta alors : Percutiam pastorem et dispergentur oves. Après avoir assisté au dîner du roi, qu’Alarcon servit à table, le nonce prit congé de lui en demandant ses ordres auprès du pape. — Pas d’autres, lui répondit François Ier en italien, que de recommander à notre très saint père mon infortune. — En même temps il détourna les yeux pour ne pas le voir sortir [1].

François Ier avait déjà écrit à Charles-Quint une lettre dans laquelle il exprimait l’espoir que l’empereur userait généreusement de sa victoire et ne voudrait le contraindre à rien qui ne se dût. « Je vous supplie, disait-il, de juger en votre propre cœur ce qu’il vous plaira faire de moi, étant sûr que la volonté d’un prince tel que vous êtes ne peut être accompagnée que d’honneur et de magnanimité. » Il lui demandait de fixer avec une miséricordieuse convenance ce qu’il fallait pour la libération d’un roi de France, en voulant le gagner comme ami et non le désespérer. Il lui proposait de l’acquérir ainsi entièrement, et il ajoutait avec une intention touchante, mais dans un langage trop soumis : « Vous pouvez être sûr, au lieu d’un prisonnier inutile, de rendre un roi à jamais votre esclave [2]. »

La lettre dans laquelle François Ier faisait appel à une magnanimité qui eût été de la part de Charles-Quint le plus habile des calculs était à peine partie qu’arrivèrent les dures conditions que le froid empereur mettait à la paix et à sa délivrance. Le duc de Bourbon et le vice-roi de Naples accompagnèrent Beaurain à Pizzighetone pour les communiquer au roi et connaître sa réponse. Elles parurent exorbitantes au prisonnier déçu. « Le seigneur roi,

  1. Lettre latine du nonce, écrite de Milan le 29 mars et insérée dans le tome VI des State Papers, p. 409-411.
  2. Captivité, f° 130,131.